DANS LES PAS DE JULIEN SOREL 3/3
Où comment Stendhal termine son roman Le Rouge et le Noir à Besançon, ville où il n’a jamais mis les pieds. Parce que là, la dernière page du bouquin tournée, on en est quasi sûrs avec quelques lieux supposément bisontins mais qui semblent largement nés de l’imagination de l’écrivain. Ce qui n’empêche pas aujourd’hui le tribunal de disposer d’une salle Stendhal…
On te passe le pourquoi du comment (lis ou relis ce bouquin, qui le mérite amplement) Julien Sorel quitte le séminaire de Besançon, se fait la malle (poste pour l’occasion) pour Paris et le service du Marquis de la Mole dont évidemment le héros stendhalien séduit la fille, Mathilde. Même sans pouvoir être capable de répondre à la famille si la « montagne sur laquelle est placée la citadelle (…) était plus ou moins haute que Montmartre ». À Paris, Julien Sorel fait son Rastignac bis. Puis (on saute un paquet de chapitres) s’offre un come back quelque peu fracassant à Verrières, donc en Franche-Comté où il termine (on divulgache, mais bon, pas le choix) derrière les barreaux.
Passage par la case prison
Sorel est en prison à Besançon. Mais dans quelle prison ? En tous cas pas la Butte, comme on dit ici, construite quelques années après la publication du roman. Un Rouge et le Noir dans lequel Stendhal explique que pour Julien Sorel « on eut la bonté de le loger dans l’étage supérieur d’un donjon gothique. Il jugea l’architecture du commencement du quatorzième siècle ; il en admira la grâce de la légèreté piquante. Par un étroit intervalle entre deux murs au delà d’une cour profonde, il avait une échappée de vue superbe ». Alors ? Il y avait quelques geôles en cœur de ville donc pour la vue, on repassera. La citadelle, qui a servi de prison pratiquement dès sa construction ? Stendhal l’aurait citée. Le fort Griffon, qui, à partir de 1788, devient une prison d’État ? Envisageable, même si pour le donjon gothique « à cent quatre-vingts marches d’élévation » avec une « étroite terrasse » tout en haut où Julien Sorel fumait « d’excellents cigares », on ne situe pas trop…

La salle des pas perdus du tribunal presque telle (il y a des colonnes gothiques…) qu’aurait pu la connaître Julien Sorel. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
En tous cas, le gothique semble être son truc à Stendhal puisque (spoiler à nouveau) quand Julien Sorel entre « dans la salle de jugement », il est « frappé par l’élégance de l’architecture. C’était un gothique propre et une foule de petite colonnes taillées dans la pierre avec le plus grand soin. Il se crût en Angleterre ». Bon, la salle des pas perdus de l’ancien tribunal peut, pour l’époque, coller à la description mais pas du tout celle aujourd’hui baptisée Stendhal. En revanche, on peut envisager de grimper à nouveau jusqu’au fort Griffon où va « tomber cette tête » qui « jamais n’avait été aussi poétique » (ouais, on spoile de plus en plus) puisque les historiens s’accordent à écrire que ses murs abritaient une guillotine… Enfin bref. Stendhal ouvre son treizième chapitre avec une citation de Saint-Réal : « un roman : c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin ». Mais nous ne saurons jamais si, même s’il a beaucoup voyagé, Stendhal, a jamais pris celui de Besançon. Pour y promener son miroir…
F.P.C.






