D’un ancien grenier à grains à une « usine » conçue par un architecte dans le genre très connu en passant par un palais : à travers ses quelques déménagements, la longue histoire d’une école d’art qui continue à vivre avec son temps.
Vieille histoire que celle de l’enseignement des Beaux-Arts à Besançon puisqu’une première école de dessin s’installe dès 1756 dans les murs du palais Granvelle. Une très officielle Académie Royale de Peinture et de Sculpture est ensuite fondée fin 1771 sur décision de l’équipe qui dirige la ville en cette année là mais surtout à l’initiative de notoires artistes locaux : le sculpteur Luc Breton et le peintre Jean Wyrsch. Et dès ses débuts, ce nouvel établissement séduit des élèves bien au-delà de Besançon, même au delà des frontières, en Suisse comme en Allemagne. Mais la Révolution suspend en l’air crayons, gouges et pinceaux. Il faut attendre 1807 pour que des cours de dessin (gratuits) soit à nouveau dispensés puis qu’une école des Beaux-Arts naisse et s’installe en 1872 place de la Révo’ où elle fait moite-moite avec le Conservatoire de Musique. Avant de déménager au Kursaal en 1898.

Premiers coups de crayon au sein du palais Granvelle. © La Cédille.
On saute quelques siècle jusqu’aux Sixties quand le directeur des Beaux-Arts bisontins décide de la création d’une section d’esthétique industrielle (de design, en bon français…) qui accueillera le temps de quelques cours (marquants !) la célébrissime Charlotte Perriand. Initiative qui certes colle à l’époque mais s’avère quand même franchement novatrice, incitant quelques autres écoles en France à faire de même. À Besançon, le nombre d’élèves augmente et difficile de pousser les murs de l’ancien grenier d’abondance (à grains, quoi) de la place que les cours des Beaux-Arts ont rejoint après la fermeture du Kursaal en 1965. Dès 1966 est évoqué le projet d’une nouvelle école. À l’initiative de l’adjoint à la culture de l’époque, Albert-Maxime Kohler qui lors d’une séance du conseil municipal de mars 1967 assène un « une école des Beaux-Arts doit être un exemple d’architecture, aussi est-il important de choisir un architecte dont la renommée dépasse nos frontières ».

Signé (puis désavoué) Josep Lluís Sert. © La Cédille.
La municipalité alors dirigée par Jean Minjoz, décide de confier les plans de la nouvelle école à l’architecte et urbaniste catalan Josep Lluís Sert, collaborateur dans les années 1920 de Le Corbusier et à l’instar de ce dernier devenu une figure internationale (il a fui le franquisme pour les États-Unis) de l’architecture contemporaine et qui vient juste de concevoir les bâtiments de la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence (pour en rester au chapitre innovations, historiquement, la première fondation privée consacrée à l’art moderne). Un Josep Lluís qui, ça tombe bien, est une connaissance de Claude Dodane, alors directeur de l’École des Beaux Arts. Mais un Josep Lluís Sert, qui pas vraiment présent à Besac, travaille en collaboration avec l’architecte bisontin Gérard Boucton (qui a, notamment, signé les plans de la piscine Mallarmé).

Des toits en sheds qui ont valu à l’I.S.B.A. le pas très gentil surnom d’« usine ». © La Cédille.
Les premières coulées de béton ont lieu en 1970, l’établissement est inauguré en 1975. Mais en l’absence de Josep Lluís Sert qui désavoue complétement le résultat final de son œuvre. Décidement, après Le Corbusier qui avait refusé l’aménagement du musée des Beaux-Arts, Besançon joue de malchance avec les stars de l’architecture de l’époque. D’autant qu’à Besançon, sa construction aux toits, en partie, en sheds (en dents de scie, typiques de la Révolution Industrielle) est vite surnommée « l’Usine ». Qu’importe, les 7000 (à la louche) mètres carrés de l’I.S.B.A. (pour Institut Supérieur des Beaux-Arts) mérite, quand elle se présente, une visite avec ses ateliers et salles de cours qui s’ordonnent autour d’une longue coursive. Et son jardin d’entrée et ses patios comme à la fondation Joan-Miró de Barcelone également conçue par Josep Lluís Sert en 1975. Qui amènent, plus que le poème de Victor Hugo, un peu d’Espagne à Besançon.

Un I.S.B.A. avec patios. © La Cédille.
✪ I.S.B.A. : 12, rue Denis-Papin (campus de la Bouloie). https://isba-besancon.fr/ Accès : bus lignes 7, 9 et D2 arrêt Beaux-Arts. L’ensemble du site se visite pendant les Journées du Patrimoine et de régulières portes-ouvertes, accueille tout aussi régulièrement des expositions ouvertes au grand public comme sa bibliothèque (en consultation sur place uniquement) qui riche de plus de 17 000 documents cache -héritage de l’ancienne Académie Royale- des bouquins dont certains remontent au XVIe siècle. Sinon, nul besoin d’y prévoir un cursus complet puisque l’I.S.B.A. propose également des « cours du soir » pour tous les âges (pour 2026, inscriptions jusqu’au 18 septembre…).






