ON LÈVE LE VOILE SUR LE PALAIS
À la découverte d’un des plus imposants édifices de la Renaissance bisontine, élevé pour affirmer la puissance de Nicolas Perrenot de Granvelle et de son pote de l’époque, Charles Quint.
Nous avons, maybe, été un peu ironiques en dressant le portrait de Nicolas Perrenot de Granvelle. Parce que ce n’est pas vraiment un pied à terre qu’il s’offre à Besançon au long du XVIe siècle et de la Grande Rue mais un palais. Si le terme fait évidemment, en pleine Renaissance, réf aux palazzi italiens, cet imposant édifice se construit histoire de bien affirmer combien le Sieur de Granvelle pèse à Besac.

La ville (ici en 1545) sur laquelle Charles Quint voulait un peu remettre la main . © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Reconnue comme « ville libre » dès la fin du XIIIe siècle, Besançon vit sa vie comme elle l’entend mais reste toutefois sous l’autorité du Saint-Empire Romain Germanique dont, au XVIe siècle, l’empereur, l’inévitable Charles Quint, se dit qu’il faudrait quand même peut-être un peu ici réaffirmer son autorité. Et à qui d’autre (si tu as pris la peine de lire le premier portrait consacré par La Cédille à la famille) confier le boulot, sinon à Nicolas Perrenot de Granvelle…
C’est Nicolas qui paye
Un Nicolas Perrenot de Granvelle qui se fait donc construire son Élysée local, gigantesque palais (plein de parties sont … parties en poussières au fil des siècles). A priori, sur ses propres deniers et sur les plans de deux architectes flamands, les Van Oyan père et fils. Vu la surface de l’ensemble, les travaux durent, forcément, quelques temps. La superbe façade (en pierre de Chailluz, comme il se doit) s’allonge côté grande rue depuis 1534 . En tous cas, si l’on en croit la date inscrite au fronton d’une des fenêtres.

Tout (ou presque) en façade. © JGS25.
Façade façon Renaissance Italienne (même si le trio de lucarnes qui perce le toit est d’une exubérance toute gothique) donc très revival gréco-romain : la poignée de colonnes qui rythment cette façade superpose les trois ordres classiques de l’Antiquité : dorique, ionique et corinthien (enfin, genre corinthien…). Et si tu prends la peine d’y laisser traîner les yeux, la façade du palais Granvelle affiche une foule de petits détails, comme ces angelots sous les appuis des fenêtres du dernier étage.

Un palais bien en cour. © Sonia-Fatima Chaoui.
Si les architectes était flamands (quelques pignons à redents en témoignent), la cour intérieure est un endroit qui ressemble à la Toscane, à l’Italie, n’étaient les tuiles vernissées franchement bourguignonnes des toits et clocher. Cette cour façon cloitre a été construite entre 1539 et 1540, toujours si l’on en croit les dates taillées dans la pierre des portiques.
Quand Charles Quint fait tapisserie
Sinon, si tu veux en savoir plus sur Besançon à l’époque du Saint-Empire Romain Germanique, il faut grimper quelques amples marches de pierre jusqu’au premier étage du musée du Temps et la salle dite de la Cheminée (Renaissance, la cheminée comme le franchement superbe buffet signé de l’ébéniste Hugues Sambin) qui raconte l’histoire du palais et de la famille de Granvelle.

Charles Quint en méditation (bien avant les coachs bien être). © Sonia-Fatima Ghaoui.
La salle de la Tenture évoque elle, au travers de sept immenses tapisseries, la vie de Charles Quint. Tissées à Bruges au XVIIe siècle, elles ont vécu une drôle d’histoire, ces tapisseries. En 1940, après être passées de mains en mains, c’est un marchand d’art parisien qui souhaite les vendre à quelques communes espagnoles qui crèvent d’envie de les offrir à Franco. Mais c’est un autre personnage de sinistre mémoire, le dignitaire nazi Hermann Goering qui les ajoutent à sa collection personnelle.
Du palais à Clooney
Ces œuvres d’art sont, parmi beaucoup d’autres pillées par les nazis, récupérées par les Monuments men (hollywoodisés en 2014 par Georges Clooney) puis par l’État français qui, logiquement, décide en 1950 de les déposer dans le palais édifié par Nicolas Perrenot de Granvelle, proche parmi les proches de Charles Quint. Sinon, le nouveau maire de Besançon, Ludovic Fagaut répète à deux reprises au long de la vingtaine de pages de son programme électoral vouloir « redéfinir un projet culturel d’envergure (global quelques pages plus loin…) pour le palais Granvelle ». La formulation nous laisse -comme souvent dans ce genre de documents- un peu dans le flou. À suivre donc, comme on dit.
F.P.C.
✪ Palais Granvelle : 96, Grande-Rue (La Boucle). Accès : bus lignes 3, 4, 6 et 10, arrêt Saint-Maurice. La façade s’offre aux regards à deux pas. Et la cour est libre d’accès en journée.
✪ Musée du Temps : même adresse, même accès. https://www.mdt.besancon.fr. Puisque, comme la rubrique « une Ville à Histoires » suit, justement, le fil du temps, nous évoquerons toute la partie consacrée à l’horlogerie de ce musée d’ici quelques articles.






