DANS LA FAMILLE DE GRANVELLE, JE DEMANDE LE FILS PRODIGE
Façon conte d’antan avec prince charmant : comment une famille de pauvres paysans du Moyen-Âge a donné naissance à un des personnages les plus influents d’Europe au XVIe siècle.
Bien avant de choper la particule « de Granvelle » vivaient à Ouhans, village qui se fait discret, aujourd’hui comme hier, sur les hauteurs de la source de la Loue, les Perrenot, une famille de petits paysans. Enfin, puisqu’on est au Moyen Âge, des serfs, taillables et corvéables à merci par le seigneur local. Mais le pater (qui s’appelait déjà Nicolas) parvient à faire des économies et lâche quelques écus pour échapper à sa condition et descend la vallée de la Loue jusqu’à Ornans où il s’installe comme forgeron en 1391. Ornans où la famille Perrenot s’embourgeoise : un des fils, Pierre, devient notaire et son épouse donne en 1486 naissance à un autre Nicolas qui va se faire un nom dans l’histoire du XVIe siècle.

Portrait de Nicolas Perrenot (de Granvelle !) attribué au Titien. © Musée du Temps, Besançon.
Après des études à l’université de Dole, alors capitale du comté de Bourgogne, Nicolas Perrenot devient en 1511 avocat (brillant, paraît-il) de l’archevêque de Besançon, Antoine de Vergy. Il fréquente la bonne société locale, épouse la fille du co-gouverneur de la ville Jacques Bonvalot et les relations autant amicales que professionnelles de Nicolas avec la famille de Vergy, une, si ce n’est LA plus influente du comté de Bourgogne tapent dans l’œil de Marguerite d’Autriche, la tata de Charles Quint.
Ascenseur vers l’empereur
Ensuite, l’ascension politique de Nicolas Perrenot est fulgurante : en 1518, il est nommé conseiller au parlement du comté de Bourgogne. Un an plus tard, Charles Quint est élu empereur : pour te situer (si tu as oublié tes cours d’histoire et pour faire simple parce que le Charles avait un peu la main sur le Pérou ou les Philippines aussi), le mec dirige une bon gros quart de l’Europe, d’Amsterdam à Malaga en passant par Naples. Il n’y a que la France qui lui échappe hormis la Franche-Comté …

Charles Quint autrefois statufié au sommet de la fontaine de l’hôtel de ville. L’inénarrable Allenbach réclame le retour de cette statue. Le nouveau maire, Ludovic Fagaut, n’a pas dit non… © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Et Nicolas Perrenot devient maître des requêtes au conseil des Pays-Bas (qui englobent outre la Hollande, la Belgique, le Luxembourg, une bonne partie de ce qu’on a désormais baptisé Hauts de France). Avant de devenir chancelier et quelque chose comme le meilleur pote de Charles Quint, un empereur qui le surnommait « mon lit de repos ». On ne sait pas s’il était confortable comme lit de repos mais son salaire semble l’avoir été puisque le Nicolas s’offre une particule en achetant en 1527, la seigneurie de Granvelle dans le bailliage d’Amont (pour faire simple, une fois encore, l’actuelle Haute-Saône dans son presque ensemble).
Un pied à terre à bonne hauteur
En 1532, Nicolas Perrenot (désormais de Granvelle) devient rien de moins que Garde des Sceaux de Charles Quint et son Premier conseiller d’État (genre le premier ministre de l’époque). À partir de 1543, il se fait construire un pied à terre bisontin à sa hauteur, aujourd’hui appelé palais Granvelle (Besac a oublié la particule…).

Palais Granvelle tout court : Besac a depuis longtemps oublié la particule… © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
En 1546, l’influent homme politique renoue avec ces racines familiales en s’offrant un autre pied à terre plutôt classieux lui aussi à Ornans (un vaste hôtel particulier, dont ne sait toujours pas, à ce jour, ce qu’il va devenir…). Nicolas Perrenot de Granvelle meurt le 27 août 1550, à l’âge de 64 ans, à Augsbourg, ville d’Allemagne jusqu’à laquelle il avait voyagé, bien que se sentant au bout de sa life, à la demande de celui auquel il sera toujours resté fidèle, Charles Quint.
F.P.C.






