LA CITADELLE : AU TOP, LE MODÈLE
Une peut-être un peu longue histoire mais brève (il faut s’y balader, pour de vrai…) visite du monument emblématique de Besançon, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Notre éclairage à nous, quoi, de la citadelle.
Fâchons nous d’emblée avec les trois quarts de la population de Besançon sinon de la région : si la citadelle figure dans notre top 5 des réalisations de Vauban, elle n’arrive pas en tête. Sans vouloir la ramener, on a fait le tour (de France) de toutes les fortifications construites (ou revues et corrigées) par Vauban dont quelques sites que l’UNESCO ne semble pas avoir jugé à la hauteur mais qui nous ont pourtant bien fait kiffer comme Bitche en Moselle ou Rocroi dans les Ardennes.
Fousseret à la manœuvre
D’ailleurs puisqu’on en parle de ce classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO, il n’y a pas, comme beaucoup ici semblent le croire, que la citadelle de Besançon à avoir été choisie mais tout un ensemble -douze créations architecturales au total- à, aujourd’hui, bénéficier du précieux label. Grace à un maire, Jean-Louis Fousseret qui, en 2003, bien conscient que les fortifs de Besac ne suffiraient pas à un classement, a initié le mouvement. Quatorze communes qui abritaient des œuvres de Vauban ont candidaté, douze sites ont convaincu, obtenu ce classement au Patrimoine mondial en 2008, l’UNESCO partant du postulat que « l’œuvre de Vauban constitue une contribution majeure à l’architecture militaire universelle ».

« Port Citadelle », un des projets d’envergure de Ludovic Fagaut en 2024… © Photo montage piqué à la page Facebook de « Port Citadelle ».
Bon, comme c’est un classement collectif, s’il y a un site qui contrevient au cadre très contraignant de ces classements de l’UNESCO, c’est lui et tous les autres qui perdent le label. Il serait donc pas mal que Ludovic Fagaut renonce (à sa décharge, d’autres maires l’avait déjà envisagé auparavant) à cette délirante idée de télécabine pour rejoindre la citadelle qui, même si elle n’apparaît pas dans son programme électoral, fait un peu encore toujours des allers retours dans sa tête…
César déjà
Pour en revenir à notre top 5 Vauban en France, on est vraiment tombé sous le charme de la ville neuve de Longwy en Lorraine (même si elle a bien morflé pendant la Première Guerre mondiale), de celles de Neuf-Brisach en Alsace ou de Mont-Louis ou Villefranche-de-Conflent au creux des Pyrénées. Classement un peu plus subjectif que celui de l’UNESCO, certes. Mais justifiable. Parce que plus qu’un geste d’architecte, la Citadelle de Besançon, c’est avant tout un site qui fait rimer naturel (pas un mot sur l’éclairage, promis…) et exceptionnel. Sur le plan défensif, les Séquanes avaient déjà repéré le spot et construit un oppidum sur cet éperon rocheux à l’époque appelé mont Cœilus, camp retranché qui avait même bluffé Jules César. Site toujours aussi grandiose aujourd’hui avec ses murailles d’une bonne centaine de mètres de hauteur qui plongent vers les vieux quartiers de Saint-Jean, Rivotte et Tarragnoz (et, oui, toujours pas un mot d’écrit sur l’éclairage).

Ouais, la photo n’est pas terrible, mais depuis la terrasse de la Rodia entre deux concerts (et quelques verres), c’est tout excusé non ? © La Cédille.
Ensuite, historiens comme archéologues manquent pas mal de matière sur ce que pouvaient être les fortifications à l’époque médiévale mais, de sûr, la rocheuse colline change de nom à la fin du XIe siècle après la construction, tout là haut, de l’église Saint-Étienne, protégée par la muraille dite de Varesco. Charles Quint, désormais chef d’un empire devenu saint, romain et germanique, passe aux choses sérieuses au XVIe. La boucle est entièrement fermée par une enceinte percée ici où là de portes fortifiées. Et sur le mont Saint-Étienne, la muraille est consolidée et y pointent des tourelles d’où peuvent tonner les canons.

Un des plus anciens ouvrages militaires de la citadelle, vestige de la muraille dite de Varesco, restaurée sous Charles Quint et évidemment modifiée par Vauban. © La Cédille.
En 1668, première conquête française de la Franche-Comté par Louis XIV et Besançon accueille les troupes du roi, façon open bar. Vauban se penche sur sa planche à dessin, crayonne les plans d’une nouvelle citadelle, fait, dans un premier temps, construire le front de secours. Mais le traité d’Aix-la-Chapelle rend Besançon à l’Espagne qui continue à poser des pierres sur le mont Saint-Étienne, mais -comme le mec a déjà fait ses preuves- d’après les plans de Vauban (on sait pas où ils trainaient ces plans là, d’ailleurs…). En 1674, Louis XIV attaque à nouveau Besançon avec mousquets et canons. Devait être tombé amoureux de la Franche-Comté, le quatorzième Louis du nom. Bizarre pour un roi qui se prenait pour le soleil cette passion pour une région où il pleuvait (et parfois neigeait) quand même souvent à son époque.

Lors du siège de 1674, Louis XIV bien mis en valeur par le peintre qui le suivait pas à pas (enfin, là il devait courir derrière le cheval… et son chevalet), Van der Meulen. © D.R.
En 1674, donc, il faut aux armées du roi de France une bonne vingtaine de jours pour s’emparer de Besançon, une semaine de plus pour la citadelle. Un peu long, non, pour une citadelle dont Vauban écrit quand l’architecte-guerrier la découvre à nouveau un truc dans le genre, ouais elle est plutôt pas mal « mais (…) ne paraît avoir que les os ». Un peu prétentieux, peut-être, le monsieur. Mais à ces os, Vauban va offrir de la chair. Chère, la chair : Louis XIV avait posé la question à son chouchou d’architecte militaire: est-ce que les murailles de Besançon ne seraient pas plutôt d’or que de pierre ? Bon, venant d’un Roi-Soleil qui, en ces mêmes années, est en train de claquer un pognon de dingue pour faire aménager Versailles à son goût, la remarque semble quelque peu déplacée.
Pas pareil que chez l’opticien
Enfin, tout le monde raque, à commencer par le clergé local. Et Vauban fait construire sa citadelle où aujourd’hui, on entre (via la porte fortifiée du front Saint-Étienne) dans tout un système poliociértique. Deux fois qu’on place ce mot dans un article de La Cédille sur Vauban, tu pourras peut-être tenter le même coup à ta prochaine partie de Scrabble®, le mot doit, au moins, compter triple. Comme au cours de la visite (guidée de préférence si tu veux découvrir quelques lieux autrement inaccessibles comme les galeries souterraines), tu vas en apprendre plein d’autres d’expression du genre « tenaille bastionnée attachée » ou « fausse braie », réaliser que les mots « lunette » ou « demi-lune » ne correspondent, ici, pas à la même réalité que chez un opticien.

Le puits le plus profond de France, si, si, c’est mesuré. © Christophe Finot.
Si tu est plutôt Livre des Records, tu vas pouvoir te pencher sur le puits le plus profond de France avec ses 117 mètres (et cinq centimètres) et sa roue (façon cage à hamster) qui permettait de remonter les baquets d’eau. Histoire d’être en autosuffisance lors d’un siège. Les fortifications de la citadelle cachent également un des rares moulins à cheval conservés en France destiné, évidemment, à moudre la farine pour fabriquer du pain. Autosuffisance toujours avec la reconstitution d’un jardin potager comme en existaient quelques uns dans la citadelle. La chapelle Saint-Étienne (construite par Vauban peut-être pour se faire pardonner d’avoir piqué quelques pierres à la vieille église) abrite un spectacle multimédia autour de l’histoire de la ville et de sa citadelle. Une chambrée de soldats des armées de Louis XIV a été reconstituée. Et même si tu n’es pas fan de toute cette ambiance un peu guerrière, la vue sur la ville, depuis le chemin de ronde et ses guérites, mérite à elle seule la grimpette. En plus des musées, mais de ceux-là, on reparlera.
F.P.C.
✪ La Citadelle : 99, rue des Fusillés de la Résistance (la Boucle). https://www.citadelle.com/. Accès : à pied pour les courageuses et courageux (parce que ça grimpe sévère), via la porte Rivotte (suffit de choper la volée de marches puis de grimper), la place Victor Hugo et le quartier Saint-Jean et sa cathédrale ou, autre option, les escaliers dont les marches commencent à te scier les jambes juste après la gendarmerie de Tarragnoz. Sinon existe de mars au 1er novembre une ligne de bus dédiée (Ginko Citadelle) au départ de Chamars. Et si tu veux vraiment jouer au touriste et claquer quelques euros de plus, le petit train (de mai à fin septembre) grimpe lui aussi tout là haut depuis le parking de Rivotte. Plusieurs types de visites guidées (avec supplément au prix d’entrée) sont proposées : théâtralisée (avec un comédien qui incarne Vauban), à la découverte des secrets de la citadelle… Sinon, existe MaCitadelle, une application gratuite et sans téléchargement pour smartphone ou tablettes (prêt possible -gratuit aussi- sur place).






