SÉBASTIEN, UN MEC BIEN ?
On pense (on l’espère en tout cas : ce ne sont pas les panneaux double XL qui manquent aux entrées de la ville) que tout le monde sait que Besançon est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO pour ses fortifications signées Vauban. Mais c’était qui, vraiment, Vauban ?
Vu, généralement, la fierté tirée des Bisontin(e)s de leur citadelle et de ce Vauban qui l’a construite (enfin, soyons objectifs, pas dans son ensemble…), on serait presque tenté de penser que c’est un enfant de la ville, ce Sébastien Le Prestre de Vauban de son nom à rallonge. Raté ! Le bébé a été baptisé en 1633 à Saint-Léger-de-Fourcheret, discret village posé au pied du Morvan, aujourd’hui dans l’Yonne donc en Bourgogne. Mince, Vauban était presque Dijonnais : un à zéro pour la team Dijon vs Besançon.
Gainsbourg (on balance le nom juste pour t’inciter à continuer à lire…).
Enfin, si le village se fait discret, la célèbre (même Gainsbourg était fan, rien à voir avec l’histoire mais dans les lignes de La Cédille, on aime franchement bien les digressions donc…) colline de Vézelay est à quelques tours de roues et, à deux pas de son village natal, le Sébastien et son nom à rallonge ont, en 1675, acheté, le château de Bazoches. Monumentale bâtisse à l’allure encore bien médiévale même si -pouvait pas s’en empêcher- Vauban y a ajouté quelques trucs. L’ensemble se visite aujourd’hui et conserve pas mal de petits souvenirs du grand homme dont son lit où il passait parfois quelques nuits entre bastons et constructions.

Classe le lit, mais Vauban n’y a pas beaucoup dormi. © D.R.
Les mauvaises langues racontent que Vauban s’est payé ce château, histoire de conforter sa particule, contestée par quelques uns de ses célèbres contemporains comme Colbert ou Saint-Simon (toujours aussi langue de ….) qui ne voyait en Vauban « tout au plus » qu’un « petit gentilhomme de campagne ». Bon, son village natal s’appelle depuis un décret de 1867 signé Napoléon III, Saint-Léger-Vauban. Aucun en France ne s’appelle Colbert ou Saint-Simon… En tous cas, le petit gentilhomme de campagne semble vite d’humeur plutôt belliqueuse puisqu’il décide d’enfiler l’armure au cours des troubles dits de la Fronde.
Condé au lycée
Pour faire court, la Fronde, c’est une grosse embrouille entre le cardinal Mazarin, quasiment maître de la France parce que Louis XIV est un peu trop jeune pour le job et partie de la noblesse française. Dont, notamment, le prince de Condé dont Vauban rejoint les troupes à 17 ans. Ce qui pour un Bourguignon est normal : le Grand Condé est gouverneur de Bourgogne depuis un moment. Et, pour celles et ceux qui n’aurait pas fait le rapprochement, c’est évidemment ce Condé là qui a laissé son nom au lycée pro de la place Marulaz à Besac. Et c’est chez les Cadets de Condé que débute la carrière militaire de Vauban. Fait exprès ou coïncidence, le petit musée de la Citadelle où est évoqué Vauban est installé dans le bâtiment des …Cadets.

Vauban sculpté par Pierre Duc au cœur de sa citadelle bisontine. © Dominique Perchet.
Pendant ces guerres (les historiens disent troubles, comme pour l’Algérie, mais il faut parfois appeler les choses par leur nom, non ?), Vauban semble, d’après les récits de l’époque un genre de super soldat (à jouer dans tous les épisodes de la franchise Expendables, si tu as la réf), qui traverse des rivières à la nage (avec le poids d’une armure, pas évident) et emmène les troupes à la conquête d’un paquet de places fortes. Ce qui permet au jeune homme qui, a priori, a un peu étudié maths et dessin chez les Frères, d’affiner sa vision de l’architecture militaire. Manque de bol, Vauban est fait prisonnier par l’ennemi mais rencontre, comme ça, par hasard, un cardinal-ministre, Mazarin donc. La discussion a du être constructive (le terme s’impose avec ce futur architecte, ingénieur, urbaniste…) puisque Vauban retourne son armure, se bat désormais pour le roi de France. Un Louis XIV qui lui décerne en mai 1655 (on a pris la peine de faire le calcul à ta place : Vauban n’a que 22 ans), son diplôme d’ingénieur (entre deux batailles, le militaire a trouvé le temps d’étudier).
Ceinture de fer
À bon escient (enfin pour qui pense qu’on peut écrire le mot « bon » quand on évoque n’importe quelle guerre) puisque dès 1668, Vauban s’attaque à un chantier quasi titanesque : protéger toutes les frontières, maritimes comme terrestres, d’une France que l’architecte appelle son « pré carré ». Une « ceinture de fer » faite de plusieurs centaines de citadelles comme de villes fortifiées, d’est en ouest, du nord au sud. Vauban n’a rien inventé dans la poliorcétique (non, ce n’est pas une maladie, mais un modèle architectural pour protéger un site ou une ville). Il a même pas mal pompé certains de ces prédécesseurs dont l’histoire a oublié le nom comme Blaise de Pagan.

Quand Vauban allait au combat, il y allait : sur sa joue, la cicatrice d’une balle de mousquet reçue pendant le siège de Douai. © Hyacinte Rigaud (enfin, a priori, c’est lui l’auteur de ce dessin…).
Mais Vauban a le mojo. Et surtout, toujours aussi belliqueux que nous l’avons écrit quelques lignes plus haut et fin stratège emmène les troupes de Louis XIV à parfois sinon toujours s’emparer d’une petite cinquantaine de places fortes dont cette citadelle dont la ville de Besac a fait son emblème. Et ainsi d’en découvrir les failles pour finir par inventer ce dispositif (qu’on découvre aujourd’hui à Besançon) appelé « les trois systèmes de Vauban » L’ingénieur-architecte la joue modeste, sait qu’aucune forteresse n’est imprenable. Mais son idée est de faire construire plusieurs systèmes, effectivement, histoire de gagner du temps en obligeant l’assaillant à mobiliser des effectifs très largement supérieurs à ceux de l’assiégé. Et ça marche ! Pendant tout le règne de Louis XIV, toujours un peu en bisbille avec ses voisins, seule la citadelle de Lille est prise, et une seule fois.
Merde à Vauban
Ensuite, comme certains voient en Vauban un précurseur des philosophes des Lumières, comme après une famine d’un an qui a fait 1,3 million de morts en France, il publie un bouquin, Cochonnerie (sic), qui explique comment tirer le maximum d’une truie, comme ses fortifications étaient destinées à épargner le plus de vies humaines possibles (il proposait au roi des réformes de l’armée pour la même raison), comme il avait suggéré à ce même Louis XIV avec La Dîme royale (un monarque qui a vite fait interdire l’essai) l’égalité fiscale entre les Français avec un impôt proportionnel au revenu, on ne dira pas, comme Léo Ferré, Merde à Vauban.
F.P.C.
✪ La Citadelle : 99, rue des Fusillés de la Résistance (la Boucle). https://www.citadelle.com/. Accès : à pied pour les courageuses et courageux (parce que ça grimpe sévère), via la porte Rivotte (suffit de choper la volée de marches puis de grimper), la place Victor Hugo et le quartier Saint-Jean et sa cathédrale ou, autre option, les escaliers dont les marches commencent à te scier les jambes juste après la gendarmerie de Tarragnoz. Sinon existe de mars au 1er novembre une ligne de bus dédiée (Ginko Citadelle) au départ de Chamars. Et si tu veux vraiment jouer au touriste et claquer quelques euros de plus, le petit train (de mai à fin septembre) grimpe lui aussi tout là haut depuis le parking de Rivotte. La citadelle abrite quelques salles consacrées à Vauban, son siècle, son œuvre. Entres autres musées, ouais on le sait, mais promis, on y reviendra.






