DANS LA FAMILLE DE GRANVELLE, JE DEMANDE LA MAMAN
« Derrière chaque grand homme se cache une femme » : la formule est connue et dans le cas de Nicole Bonvalot (puis de Perrenot de Granvelle) pourrait même s’écrire au pluriel puisque sa vie a accompagné plusieurs grands hommes et laissé, même si l’histoire semble l’avoir un peu oubliée, quelques jolis souvenirs à Besançon.
Il est désormais incontestable que les historiens ont, hormis quelques figures nationales, largement invisibilisé les femmes. C’est le cas de Nicole Bonvalot. Enfin presque puisque l’historien local Daniel Antony a, en 2003, consacré un bouquin à la vie de Nicole Bonvalot, bien avant de s’intéresser à celle de son mari, Nicolas Perrenot, pas encore de Granvelle lorsqu’elle l’épouse. D’ailleurs, il faut écrire que quand, en 1513, Nicole se marie avec Nicolas, après quelques tractations (le mariage d’amour n’était pas trop le truc de l’époque…), c’est elle le bon parti, fille d’une petite noblesse pleine d’entregent et riche d’une jolie dot.
La maman de quinze enfants
Mais c’est de Nicolas plus que de Nicole que l’histoire a préféré se souvenir. Et de quelques uns de ses enfants nés au hasard des pérégrinations de la famille, à Besançon mais également dans l’aujourd’hui Belgique à Malines et Bruxelles comme à Barcelone. Nicole a accouché de pas moins de 15 enfants : quelques garçons se sont fait un nom dans l’histoire de l’Europe de l’époque comme Antoine, deuxième du prénom dans la famille ou Thomas, entre autres, ambassadeur du Saint Empire Romain Germanique dans les actuelles Grande-Bretagne et Autriche ou Frédéric, petit dernier de la famille qui comme le frangin Thomas fut gouverneur d’Anvers. Et toutes et tous ont, après mariages arrangés, terminés avec d’autres titres de noblesse à ajouter à de Granvelle.

Est-ce Nicole, cette mère nourricière ? © D.R.
Honnêtement, on ne sait pas trop quelle aurait pu être la photo de profil de Nicole : le seul portrait d’elle réalisé par Le Titien en 1548 a disparu. Et on n’est pas sûr-sûr que ce soit vraiment elle qui ait inspiré la sirène d’une ancienne fontaine du palais Granvelle, installée jusqu’en 1993 dans une autre fontaine, celle dite des Dames, rue Charles Nodier avant que cette sculpture signée Claude Lullier soit aujourd’hui exposée au musée du Temps.
De Granvelle à Champagney (où l’inverse)
En tous cas, c’est un business woman, la Nicole, parce qu’elle n’a de cesse d’agrandir le patrimoine familial en achetant champs, forêts voire villages. Et, on l’oublie souvent, son mari souvent sinon toujours entre plat pays et patrie de Cervantes, c’est elle qui coache, maçons et autres corps de métiers pour la construction du palais Granvelle.
Autre monument emblématique de la ville que l’on doit à Nicole Bonvalot : l’hôtel de Champagney. S’il a été élevé pour son papa Jacques, alors co gouverneur de Besançon, c’est bien sa fille unique (la Nicole, toujours) qui, devenue veuve en 1550, investit pas mal de thunes pour faire de cet hôtel particulier, l’un des plus beaux de Battant, sinon de la ville.

Une façade qui grouille de gargouilles. © Nicolas Janbert.
Tu te pose d’abord devant la façade, médiévale et pas mal gothique avec ses quatre gargouilles, mais revue et corrigée par la Renaissance (et Nicole) avec ses fenêtres à meneaux et accolades. Puis tu te glisse sous le passage voûté pour juste à droite, mater la date inscrite au dessus d’une petite porte : 1560. Date du début de travaux engagés par Nicole qui demandent cinq ans pour aboutir à ce que l’on découvre aujourd’hui : une cour aux élégantes galeries de bois sculpté posées sur de non moins élégantes colonnes de pierre, là, et façon Toscane.

Champagney, côté cour. Pour le côté jardin, c’est beaucoup plus haut. © Patrick de Compiègne.
Vendu, revendu, l’hôtel de Champagney est acheté à la fin des Eighties par la ville de Besançon, alors qu’il était à l’état de presque ruines puis superbement rénové pour accueillir des logements sociaux (ouais, Besac était à gauche, à l’époque…). Un hôtel très particulier qui a vu, au fil des dernières décennies, se succéder les commerces les plus variés : du limonadier à la fabrique de cierges, de la brocante aux expos de Zone Art. Aujourd’hui, c’est les Manivelles qui y ont pignon (c’est le cas de l’écrire) sur rue. Plein d’enseignes que Nicole Perrenot de Granvelle n’a pu connaître parce que même si c’était un âge canonique pour l’époque (80 ans), elle est décédée en 1570. Comme elle n’aura pas connu le côté un peu zone que peut prendre la cour de son ancien hôtel particulier à certaines heures…
F.P.C.
✪ Musée du Temps : 96, Grande-Rue (La Boucle). https://www.mdt.besancon.fr. Accès : bus lignes 3, 4, 6 et 10, arrêt Saint-Maurice. L’occasion de découvrir, outre l’histoire de la famille de Granvelle, la sculpture de la sirène inspirée, paraît-il, par Nicole.
✪ Hôtel de Champagney : 77, rue Battant (Battant…). Accès : bus ligne 8, arrêt Battant ; tram lignes 1 et 2, arrêt Battant. Visite à ta guise de la façade à la cour (sur laquelle on aura, promis d’autres histoires à te raconter).






