DANS LA FAMILLE DE GRANVELLE, JE DEMANDE LE PETIT GÉNIE
Ecclésiastique dès 12 ans, sherpa des grands du monde de l’époque, amateur d’art éclairé : l’étonnante épopée d’Antoine Perrenot de Granvelle qui, comme le reste de la famille, a laissé quelques jolis souvenirs à Besançon.
Chez les Perrenot de Granvelle, le daron s’appelle Nicolas, le fiston Antoine. Né le 20 août 1517 à Besançon, il accomplit, comme papa (on n’a pas écrit le mot népotisme là, hein…), un remarquable parcours dans l’Europe du XVIe siècle. À cet Antoine là, son père ne demande pas d’aller se faire couper les cheveux mais lui offre comme précepteur une des stars universitaires de l’époque, Hugues Babet. Un prof donc, a priori, doué. Tout autant que son élève. Puisqu’il se raconte qu’Antoine Perrenot de Granvelle devient protonotaire apostolique (notaire du Vatican pour décrypter) de Besançon à… 12 ans, archidiacre de Gray deux ans plus tard puis doyen d’Arbois, pas au sens de plus vieux (puisque Antoine n’a que 15 ans) mais à la tête de toutes les paroisses du doyenné d’Arbois…

Un des (nombreux) portraits d’Antoine, celui-là exposé au musée du Temps. © D.R.
Un Antoine qui trouve quand même le temps de faire des études : de droit à l’université de Padoue (aujourd’hui en Italie), puis de théologie à Louvain (aujourd’hui en Belgique). Et poursuit sa fulgurante ascension dans le monde ecclésiastique avec des fonctions qui l’emmènent dans le même temps d’un bout à l’autre de l’Europe. Peut-être avait-il le don d’ubiquité, peut-être aussi que le capitaine Kirk ou Monsieur Spock lui avait filé un téléporteur… Mais on retrouve Antoine à l’âge de 18 ans, prévôt d’Utrecht. Retour aux sources l’année suivante (en 1537) à la tête à la fois de l’aujourd’hui disparue abbaye de Balerne dans le Jura et évêque adjoint (c’est pour t’épargner le terme technique) du prieuré de Mouthier-Haute-Pierre. Antoine fait le job de chanoine à Gand avant d’être nommé en 1538, évêque d’Arras (il fait en même temps chanoine à Liège…) et de s’exprimer au cours du fameux Concile de Trente au tout début 1543.

Gravure d’époque de la célèbre bataille navale de Lépante. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
D’autant que bien coaché par papa, Antoine Perrenot de Granvelle fait aussi dans la politique : dès 1534, il est nommé premier secrétaire de Charles Quint. On le retrouve ensuite parmi les principaux conseillers de Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas puis coiffé de la couronne de vice-roi de Naples. Entre autres titres honorifiques. On va maintenant éviter de rentrer dans le détail parce que l’histoire de l’Europe de l’époque est encore plus compliquée que celle d’aujourd’hui. Juste t’écrire que ce de Granvelle là était franchement doué pour la diplomatie, dans le genre de ceux que les médias appellent aujourd’hui des sherpas. Juste te rappeler quelques souvenirs de cours d’histoire : Antoine Perrenot de Granvelle est un des émissaires chargés par Philippe II (le fils de Charles Quint) de négocier les traités du Cateau-Cambrésis, signés en avril 1559 et qui mettent fin à la guerre (enfin à la onzième… souviens toi de Marignan 1515) entre la France et ce qui deviendra l’Italie. L’histoire doit aussi à Antoine la victoire navale de Lépante en 1571 après qu’il ait scellé une alliance entre les États pontificaux, la couronne d’Espagne et la république de Venise dans l’idée de contrer l’Empire Ottoman.

Le chien et le « nain » de compagnie d’Antoine de Granvelle vus par un autre Antoine (enfin Antonio) Moro vers 1560. La toile est au Louvre. © D.R.
Mais Antoine Perrenot de Granvelle continue évidemment à se baigner dans les bulles pontificales : archevêque de Malines en 1561, il est fait cardinal dans la foulée. Second retour aux sources en novembre 1584 quand il est nommé archevêque de Besançon. Dommage, devenu paralytique, Antoine Perrenot de Granvelle ne peut pas être intronisé et meurt à Madrid le 21 septembre 1586. Sans avoir vu la fin des travaux de l’hôtel particulier qui est en train de se construire pour lui à Besançon…

Antoine autrefois statufié dans la cour du palais Granvelle. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
En revanche, Antoine aura connu le palais Granvelle, celui de Besançon évidemment mais un autre également tout aussi Renaissance mais édifié à Bruxelles à sa demande vers 1550 pour abriter ses fabuleuses collections d’art (du Titien à Jérôme Bosch) aujourd’hui dispersées dans de nombreux musées du monde de Vienne à Madrid en passant par Besançon, dont le musée des Beaux-Arts a accroché à ses cimaises une Déploration sur le Christ mort, élément central d’un retable signé Bronzino, offert par Cosme de Médicis à Antoine de Granvelle. Le palais bruxellois a été détruit en 1931. Il y aurait des pages à écrire sur les délires urbanistiques de Bruxelles mais on va rester à Besac pour le prochain article consacré à la famille de Granvelle et à la résidence d’un cardinal qui ne l’a jamais habitée, l’hôtel de Montmartin.
F.P.C.
✪ Musée du Temps : 96, Grande-Rue (La Boucle). https://www.mdt.besancon.fr. Accès : bus lignes 3, 4, 6 et 10, arrêt Saint-Maurice. Plusieurs salles évoquent l’Europe du XVIe siècle et la famille de Granvelle.
✪ Musée des Beaux-Arts : 1, place de la Révolution (La Boucle). https://www.mbaa.besancon.fr/. Accès : tram lignes 1 et 2, arrêt Révolution. Pour découvrir un des chefs d’œuvre du musée, une Déploration sur le Christ Mort, autrefois propriété d’Antoine Perrenot de Granvelle.






