D’une villa romaine à des salles de tribunal en blanc et bois blond comme tu en vois plein aujourd’hui à la télé, de docus en téléfilms, en passant par des salles historiques comme celle plus ou moins imaginée par Stendhal pour le procès de Julien Sorel, convocation au Palais de Justice.
Existait autrefois à cet emplacement là une vaste villa romaine avec de non moins vastes jardin et bassin. Domus dont subsistent aujourd’hui quelques fragments d’une mosaïque accrochés à un mur à l’intérieur de la partie contemporaine du Palais de Justice. La fin du Moyen Âge installe ici un arsenal doublé d’un terrain où s’entraînaient les arbalétriers. Au XVIe, l’Hôtel de Ville se sent un peu à l’étroit et confie ses travaux d’agrandissement à Hugues Sambin. D’où un nouvel et élégant édifice, au long de la rue … Hugues Sambin (tracée, elle, sous le Second Empire), construit entre 1582 et 1585 et donc sur les plans et sous la surveillance de Sambin. Même si l’histoire a moins retenu son nom que les prénoms d’autres (Léonard, Raphaël, Michel-Ange…), peut-être parce qu’il était né à Gray et non en Italie, Hugues est un artisan-artiste des plus connus de la Renaissance. Menuisier-ébéniste de formation, puis sculpteur, Hugues Sambin devient, par la suite architecte.

Façade presque trop Renaissance. © Wikipedro.
Et la façade de l’édifice que Hugues Sambin dessine pour l’annexe de l’Hôtel de Ville (qui accueillait à l’origine quelques services administratifs et, déjà, une cour de justice), est comme armoires et buffets qu’il a, quelques années auparavant, fabriqués pour le château de Fontainebleau, typiquement Renaissance. En pierre de Chailluz donc polychrome (comme dans le cas de l’hôtel de ville : spécial déd’ à ceux qui ont séparé les gris des beiges), cette façade s’avère finalement un peu chargée à force de vouloir développer tout le vocabulaire architectural de l’époque : deux colonnes de part et d’autre du portail (fermé par une jolie grille depuis 1861), mais aussi des frontons et consoles dont tu dois voir à peu près ce à quoi ça ressemble mais aussi, et là ça se complique quelque peu, mascarons qui riment avec cabochons. Ah, ouais, y’a aussi quelques claveaux…
Parle m’en
Deux niches abritent … deux statues aussi lourdes que les symboles qu’elles représentent : la force et la justice (naturellement). Après la conquête française de la Franche-Comté en 1674, le parlement est transféré de Dole à Besançon et s’installe entre ces murs. Et de 1734 à 1745, ça bosse dur pour modifier le bâtiment et accueillir les « parlementaires » et la « justice royale » devenue « révolutionnaire » en 1790. Et les travaux ne cesseront pour ainsi dire jamais. Comme l’hôtel de ville, le palais de justice est victime d’un attentat en 1970 (et comme pour le ciné le Building, la bombe artisanale a été fabriquée par des militants d’extrême droite…). Fort heureusement, ni morts ni blessés, mais le porche historique et la salle des Pas Perdus morflent quand même pas mal…
À l’ancienne
Tiens, puisqu’on évoque la salle des Pas Perdus (l’ancienne, hein), c’est à l’intérieur du Palais de Justice, un passage obligé que ce superbe espace sous verrière avec fresques début XXe qui évoquent quelques paysages du département. Comme la salle des Audiences Solennelles, revue au XIXe, au plafond de bois délicatement sculpté et aux fresques peintes par Paul Gervais (qui lui évoque le transfert du parlement de Dole à Besançon). Ou, enfin, la salle aujourd’hui appelée Stendhal même si rien ne prouve que ce soit celle où Julien Sorel, son héros en rouge et noir ait été jugé…

Plus trop de voûtes gothiques comme dans Le Rouge et le Noir, mais bon, c’est la salle Stendhal © La Cédille.
On peut accéder à l’intérieur (faut juste vider ses poches histoire de ne pas trop faire sonner les portiques de détection) assez facilement via la partie moderne du Palais de Justice qui s’ouvre côté rue Mégevand (derrière un portail à colonnes qui se fond dans le paysage de la rue) sur une cour intérieure très minérale comme le voulait la fin des 90’s quand un nouvel agrandissement est confié à l’architecte Henri Gaudin (deux fois récompensé par l’Équerre d’argent, genre le Goncourt de sa profession). On peut jeter un œil à ces amples arches qui habillent le bâtiment et que l’architecte revendiquait comme le symbole d’une « justice plus hospitalière ».
Suivez plutôt le guide
Sinon, ce n’est pas nécessairement une bonne idée de te balader le nez en l’air à l’intérieur d’un Palais de Justice, parce que même s’il n’y a pas d’audiences d’importance, tu finis toujours au coin d’un couloir par tomber sur un agent de sécurité qui va te demander ce que tu fous là. On a expérimenté et, hormis prétexter t’être un peu paumé à la recherche d’un bureau, ça passe moyen, même si le bâtiment est un peu labyrinthique… Donc pour découvrir les parties historiques du Palais de Justice (les salles récentes ne sont ni architecturalement ni artistiquement des plus excitantes), peut-être faut il mieux passer par les visites guidées régulièrement organisées par l’office de tourisme ou attendre les Journées du Patrimoine…
F.P.C.
✪ Palais de Justice : 2, rue Hugues Sambin (La Boucle) pour la façade historique. Accès : bus lignes 3, 4, 6 et 10, arrêt Saint-Maurice. Et 1, rue Mégevand (on est toujours dans La Boucle) pour accéder (c’est toi qui voit…) à l’intérieur. Accès : bus ligne 4, 6 et 10, arrêt Mairie.
Sinon, régulières visites guidées organisées par l’office de tourisme : https://www.besancon-tourisme.com/fr/.






