Quand et comment, partie de la Grande Rue est devenue piétonne. Quand et comment Besançon est devenue dès les années 1970, citée comme… cité de référence pour son nouveau plan de circulation. Et comment un grand bonhomme, André Regani, a presque usé sa vie à ce projet.
Pour mettre fin à une persistante légende locale, Besançon n’a pas été la première ville à piétonniser une rue de son centre : c’est Rouen et sa (superbe même si très touristique) rue du Gros Horloge en 1972. Dans une ouverture de la rue se planque une petite place où se réunissait bonne partie de la jeunesse de la ville parce qui étaient installés les bacs de la plus mythique des boutiques de disques de France, Mélodies Massacre. Un des clients les plus assidus s’appelait Dominique Laboubée. Et la placette porte désormais le nom du défunt chanteur d’un des plus grands groupes de rock’n’roll du monde (enfin, à notre avis), les Dogs. Fin de cette digression pour amateurs de musiques électriques.

Place Dominique Laboubée à Rouen. Une photo juste pour nous faire plaisir (et aux fans de « nous sommes les Dogs, on vient de Rouen et on joue du rock’n’roll »). © La Cédille.
Quoique… On est quelque part vers le milieu des Seventies et le punk commence à pointer ses spikes. Et Besançon aura aussi ses fameux « punks de la place Pasteur » qui squattaient une jolie fontaine contemporaine dont, a priori, personne ne sait ce qu’elle est devenue après démolition. Une place devenue piétonne la même année qu’une partie de la Grande-Rue en 1974, soit juste deux ans plus tard que Rouen et suite à un chantier qui a duré vachement moins longtemps (même pas un an).
Marcher jusqu’à la table des négociations
Mais suite a un projet qui a demandé d’âpres négociations à un homme de convictions (que cette saloperie de Covid a emmené en 2020), André Regani, adjoint du maire Jean Minjoz entre 1965 et 1977, qui voulait « rendre la ville aux piétons » et s’est heurté à l’opposition de sa propre majorité mais aussi, évidemment des commerçants qui y voyaient « la ghettoïsation » du centre-ville mais qui au bout d’un an, l’ont un peu moins ramené tout chiffre d’affaire calculé (on connaît l’histoire, de Strasbourg a un paquet d’autres villes de France).

Les punks de la place Pasteur, on les croise encore à des concerts (mais plus au Blue…). Mais si quelqu’un sait ce qu’est devenue cette fontaine ? © D.R.
Heureusement que les réseaux sociaux n’existaient pas, parce qu’il a bien morflé André Regani (« j’en ai pris plein la gueule », jusqu’à être menacé de mort…). Visionnaire Regani ? Ouaip. Parce que là ou Besançon est pionnière, c’est qu’André Regani (bousbot de naissance comme Charles Piaget aux côtés duquel il a fait les 400 coups gamin puis milité ensuite même si lui était plutôt centriste, genre démocrate-chrétien) outre la piétonisation d’une partie du centre a défini un plan d’ensemble de circulation dans une ville dont la Boucle était à l’époque encore traversée par deux Nationales et que le gris et beige de la pierre de Chailluz des façades commençait sérieusement à virer au noir.

Juste une idée de ce à quoi pouvait ressembler la Grande-Rue avant. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
À son programme, notamment, le développement des réseaux de bus auquel André Regani s’attaque dès qu’il est nommé adjoint aux Transports en 1965. Pour le coup, là, Besançon se place dans les premiers rangs de ce qu’on appelle aujourd’hui les modes de déplacements doux, jusqu’à être citée en exemple par pas mal d’autres villes. Il n’était pas, a priori. contre le tout bagnole, André Regani, qui a fait aménager un paquet de boulevards périphériques, même imaginé le tunnel sous la citadelle qui mettra quinze ans à être creusé mais a, en quelques années, doublé ou triplé (voire même quadruplé : tu as vu on est beaucoup plus lettres que chiffres) nombre de lignes de bus donc fréquentation de voyageurs.

La Grande-rue rendue aux piétons (bon, y’a eut polémique là encore, parce que les dalles censées évoquer la pierre de Chailluz s’avéraient les jours de pluie, un terrain glissant). © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Au moment de l’inauguration de la rue piétonne le 1er septembre 1974, « écologie » n’était pas encore un gros mot sur les réseaux sociaux, juste le combat d’autres visionnaires comme Roger Dumont, premier (après le retrait de Charles Piaget : Besançon, comme on se retrouve…) et la symbolique de son verre d’eau pendant une de ses apparitions télé pour la première candidature écolo à une élection présidentielle en 1974. Tiens, pile l’année de l’inauguration de la piétonne Grande-Rue bisontine. Visionnaires les keums ? Simplement réalistes. Et malheureusement décédés. Parce qu’on ne sait pas trop ce qu’ils auraient pensé, aujourd’hui, qu’on arrose à grandes eaux les nouvelles plantations autour de la statue de Colette au pied de la gare, qu’est prévue la réouverture du pont de la République aux voitures. Retour vers le futur (antérieur) ?
F.P.C.





