CETTE FONTAINE LÀ, IL FAUT LAVOIR
Un peu galère à trouver quand tu ne connais pas le quartier, la fontaine dite du Cerisier. Qui tout autant que de fontaine, servait de lavoir et d’abreuvoir. Surprenant souvenir de quand Planoise était encore la campagne.
« C’est un petit val qui mousse de rayons » comme l’a écrit le poète qui a laissé son nom à la voisine et tranquille petite rue de ce quartier pavillonnaire, posée à deux enjambées de la fontaine du Cerisier. Sauf que pour le petit val pourquoi pas mais personne n’y dort sinon de l’eau (enfin, pas trop, parfois, quand il pleut) dans cette fontaine-lavoir-abreuvoir.

Un plan de Besançon en 1870, signé du fameux cartographe Cassini. © Toufik de Planoise.
Dès le Néolithique jusqu’aux années 1950, Planoise a été terre paysanne. D’ailleurs, le nom du quartier dérive du latin Planus Cultus soit plaine cultivée et les Époisses de pastio (pâture). Ce qui laisse à supposer que quelques domestiqués ongulés broutaient dans le coin. Mais les paysans planoisiens étaient surtout des maraîchers qui, entre plaine et forêt (celle de Planoise n’avait à l’époque pas grand chose à envier à Chailluz), cultivaient céréales, fruits (on se dit que vu le nom de la fontaine, un cerisier devait bien étendre ses branches dans le coin) et légumes dont pas mal de pommes de terre. Au Moyen-Âge, une vingtaine de familles habitent ici une petite poignée de fermes isolées ou de modestes hameaux. Et pour leurs besoins en eaux, les familles se contentent de la seule, unique et discrète source du coin, qui porte donc le poétique nom de « cerisier ». Source canalisée tant bien que mal : un tronc d’arbre évidé qui amène l’eau jusqu’à une cuve, toute en planches.

Un « trou de verdure où (ne) chante plus vraiment une rivière ». © Toufik de Planoise.
La donne change au XIXe siècle quand le centre-Besac s’emplit de fontaines. Pourquoi Battant, La Boucle et pas Planoise (et surtout son bétail et ses cultures) ? Un premier projet est lancé en 1812 mais retoqué par la municipalité. Les Planoisien(ne)s gueulent mais sûrement pas assez fort parce qu’il faut attendre 31 ans avant ne débutent les travaux de construction de ce que l’on peut appeler un monument : parce que la source désormais vraiment canalisée alimente un abreuvoir long de 17 mètres et un lavoir où pouvaient se réunir une bonne dizaine de blanchisseuses. Dommage, dès 1903, la source commence à se tarir en été, et le site est progressivement laissé à l’abandon.

Dans les années 2010 après rénovation (et avant de sombrer à nouveau dans l’oubli…). © Ville de Besançon.
Et on se demande par quel miracle la fontaine (abreuvoir-lavoir…) du Cerisier n’a pas été détruite, même joliment restaurée en 1996 (bon, aujourd’hui l’eau aurait du mal à se faufiler sous l’épaisse porte de métal qui rouille doucement). D’autant plus vu le quartier : les barres de Planoise en toile de fond et si tu grimpe sur la petite butte qui domine la fontaine à travers une forêt, elle aussi un peu miraculée, tu as vue sur Châteaufarine, une des plus grandes zones commerciales de France.

Aujourd’hui, pour citer un autre poète, cette fontaine c’est plutôt « les feuilles mortes se ramassent à la pelle ». © La Cédille.
Dans tous les cas, un lieu qui, comme l’écrirait un guide touristique à la couverture verte et au format un peu improbable, « mérite le détour », dernier témoignage avec le château Saint-Laurent et quelques discrètes anciennes fermes posées à la sortie de la rue de Dole de l’époque où Planoise avait pieds et mains dans la terre. Simplement dommage que cette fontaine soit, à nouveau, quelque peu laissée à l’abandon…
F.P.C.
✪ Fontaine du Cerisier : 8, chemin du Cerisier (mais y a pas trop de numéros visibles dans cette rue (en fait, la fontaine est juste à côté de la rue Arthur Rimbaud). Accès : une bonne dizaine de lignes de bus (dont les lignes 22 et 52), arrêt Alfred de Vigny. 10 petites minutes de marche pour ensuite rejoindre la fontaine.





