Les plus ancien(ne)s se souviennent de concerts d’anthologie au Blue (ou au 37, on ne sait plus dans quel ordre cette disparue enseigne de la rue de Belfort a changé de nom), les plus jeunes du regretté Antonnoir. Mais tout le monde à des souvenirs du désormais indiscutablement plus vieux bar à concerts de la ville.
Il y a une vieille blague qui circule dans le quartier (et peut-être même bien de l’autre côté du pont Battant) : les client(e)s des Passagers du Zinc (on dit PDZ) sont toutes et tous, des pieds à la tête, habillé(e)s de noir. Peut être la faute à un petit bout du passé du lieu quand il s’appelait l’Underground (on disait l’Under) où sont passés tous ou presque les groupes que comptait la scène dark, indus, noise… de l’époque.
C’est (chienne de vie…) à, quelques secondes près, après avoir posé nos doigts sur un clavier pour écrire ces lignes sur les PDZ (comme on dit, donc), qu’on a appris que Val avait pris son billet pour un dernier voyage. Val qui, en 1990, avec son compagnon Thierry (qui avait hérité du surnom de Titi, du temps où il jouait de la batterie dans la fanfare d’Ornans – tu as vu comme on est balaise en anecdotes dont, a priori, tout le monde se fout) avait ouvert l’Underground (l’Under comme on disait, donc).
Une bath cave
Val et Titi n’étaient pas les premiers à organiser ici des concerts : la cave du lieu qui, à l’époque, s’appelait le Gainsbar puis avant ou après La Souris Déglinguée (on a une mémoire qui s’emmêle parfois un peu les pinceaux) en programmait déjà. Mais l’idée du capot pour offrir l’accès à cette cave, ce sont eux. Une D.S., un peu beaucoup épave, découpée à la disqueuse en famille, avec Stéphane, le petit frangin de Titi.

« Et quand il fait nuit, rien qu’à son doux bruit, je la reconnais » (celles et ceux qui ont la réf, faites signe, on se sentira moins seuls). © PDZ.
Underground, c’était en référence au Velvet. Mais, pendant la poignée d’années qu’a duré l’Under, ce bar n’a pas franchement joué sur du velours : groupes qui disparaissent dans la nature une heure avant le concert, clients qui « font marquer » mais que tu ne revois jamais, bastons, keufs et re-keufs, donc fermetures administratives… Mais l’Under, pour toutes celles et ceux qui, à l’époque, se sont glissé(e)s sous le capot de la D.S., ce sont quelques litres de sueur et une flopée de super souvenirs aussi, non, hein ?
Qui sème le vent récolte le concert
Deux meufs reprennent ensuite cette adresse qui avait un an durant (au doigt mouillé à la bière) franchement viré zone. Et choisissent comme enseigne Les Passagers du Zinc, en référence, cette fois, à la bande dessinée de Bourgeon Les Passagers du Vent. D’ailleurs, un vent nouveau souffle sur la cave : Claire et Duche sont plus branchées théâtre et néo-chanson française que rock énervé. Mais le background de ce bar à concerts les rattrapent et entre la fin du XXe et le début du XXIe, le tout Besac rock s’y retrouve, en foule. Et les concerts s’y multiplient. Et les filles tiennent la barre, une presque vingtaine d’années malgré, une fois encore un bon lot de galères dont un nouveau propriétaire de l’immeuble qui a l’intelligente idée d’installer ses pénates, juste au dessus du bar…
Café (pas nécessairement toujours) noir
Puis c’est Méghane qui, après s’être chargée de la prog et de la com du lieu, devient passagère du zinc. Le zinc change d’ailleurs de place, le capot de la D.S. se refait une beauté chez un carrossier. Et tout ce que compte la scène alternative d’Europe sinon de plus loin trouve toujours encore aujourd’hui de quoi caler ses amplis au fond de la cave qui accueille désormais également DJs, scène rap, blind-test, collectifs Drag locaux…. Derrière les volets de bois (peints en noir, évidemment !) des jours de fermeture se cache donc le plus ancien bar à concerts de la ville. Un lieu logiquement un peu mythique. Il se raconte qu’une pétition pour sauver son existence -que contestait ce proprio dont on te parlait quelques lignes plus haut- avait même été signée par un certain Jacques Higelin. Un lieu donc à fréquenter même s’il n’y a pas d’événements programmés. La playlist est toujours impeccable comme la sélection de bières et de pinards et la terrasse plutôt cool depuis la réhabilitation de la rue de Vignier. Sans, nécessairement, être habillé tout en noir corbeau… Sinon, dommage (mais alors franchement dommage…) toutefois que l’accueil y soit à géométrie très (très, mais alors très) variable.
F.P.C.
✪ Les Passagers du Zinc : 5, rue de Vignier (Battant). https://lespassagersduzinc.blogspot.com/. Sinon, existent aussi naturellement page Facebook et Insta. Accès : bus ligne 8, arrêt Battant ou tram, lignes 1 et 2, arrêt Battant.






