Il en est qui la trouve sans charme, ses allées de sable et de graviers poussiéreuses… Certes elle a ses défauts (les parkings…) mais on l’aime bien nous cette promenade Granvelle, pour son histoire, l’ombre de ses arbres séculaires, la classe architecturale des immeubles qui l’entourent (et ses terrasses emblématiques !).
Difficile à croire aujourd’hui quand, à l’angle de la rue Mégevand, une poignée de bagnoles planque au trois-quarts, le portail, ultime vestige (avec la fontaine) de l’ancienne église du couvent des Grands Carmes, mais la place Granvelle était autrefois un jardin potager. Juste après avoir, au XVIe siècle, abrité jardins et dépendances du palais Granvelle, puis le jardin botanique de l’université, un maraicher s’y installe. En 1728, la municipalité décide d’en faire une promenade publique mais seules quelques rares allées sillonnent vergers et légumes en terre.
Des chaises qui font grincer
C’est en 1778 que les élus, décident de créer une vraie promenade publique pour rendre plus classieux ce quartier où est en train de s’élever le théâtre Ledoux. Les rangées de tilleuls ont quelques siècles donc quelques feuilles mais estime toi heureux-heureuse de pouvoir te poser, à leur ombre, sur un banc. Parce que si les premiers bancs de pierre s’installent sous les frondaisons en 1779, la municipalité les virent en 1805. Parce que le maire de l’époque, le pourtant richissime avocat Antoine-Louis Daclin a l’idée de faire dans le plus lucratif avec de la location de chaises. Plus que les dossiers de chaises, les dents grincent (dont celles du poète et romancier Charles Nodier) et sous la pression populaire, les bancs reviennent, gratuits cette fois.

Élégance quelque soit le temps. © Mémoire Vive/Patrimoine de Besançon.
Et Granvelle devient LA promenade de la Boucle. Celle où, en quelques allers retours au long des allées, le Tout Besançon joue à qui est le plus stylé. D’autant que la promenade améliore ses aménagements : une fausse rocaille façon grotte artificielle (qui abrite aujourd’hui des …toilettes publiques) en 1860 et un ample kiosque à musique inauguré en 1864 où trompettent les fanfares militaires et où les archets des orchestres symphoniques font valser Bisontines et Bisontins. Kiosque revu et corrigé en 1884 puis, joliment rénové, en 2025.

Le Victor d’avant. Comme le kiosque, il s’est refait une beauté il y a très peu de temps. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Au XIXe, la promenade Granvelle se transforme en quelque chose comme un musée de sculptures à ciel ouvert. Dès 1902, pour célébrer le centenaire de la naissance de Victor Hugo, avec une Apothéose signée Just Becquet. Sculpteur qui choisit de représenter l’écrivain (poète, dramaturge, dessinateur…) vêtu d’une toge romaine. Bon, Totor ne s’habillait pas au quotidien comme dans la Rome antique, c’est juste un clin d’œil du sculpteur à d’autres potes panthéonisés, comme Voltaire, statufié looké à l’antique aussi derrière les colonnes du temple-sépulture des Grands Hommes et des Grandes Femmes de la nation. À Granvelle, Victor et sa toge reposent sur un haut socle en marbre noir sur lequel sont naturellement gravés les premiers vers du poème dédiés à sa Besançon natale, « vieille ville espagnole » (enfin, tu connais l’histoire) et les titres de ses œuvres littéraires les plus célèbres…

La plus qu’allégorique statue en hommage à Adolphe Veil-Picard. © Toufik de Planoise.
Autre centenaire de naissance à fêter et autre hommage rendu, en 1924, à Adolphe Veil-Picard, bienfaiteur de la ville. La statue en marbre de carrare et signée Alfred Boucher (qui, pour la petite histoire, donnait des cours à Camille Claudel) est massive : le sculpteur a travaillé, au cœur même d’une carrière, à partir d’un bloc de sept tonnes. Et sur son socle de ce granit rose qui a laissé son nom à portion de la côte bretonne, l’œuvre de Boucher s’avère très allégorique. Au pied du buste d’Adolphe Veil- Picard (une reconstitution, les nazis qui n’appréciaient pas trop qu’il soit juif ont détruit l’original), une foule de personnages qui symbolisent tout ce que le bonhomme à fait pour la ville. Prends la peine de t’y attarder pour comprendre combien dans ce que l’on appelle aujourd’hui le « social », les combats et les dons de Monsieur Veil-Picard en font un des plus importants personnages du XIXe siècle bisontin.

Au moins, il est au frais, sous les arbres Théobald. © Ville de Besançon.
Enfin, depuis 1910, se planque -de plus en plus…- dans un bosquet devant le Kursaal, un petit buste de Théobald Chartran entouré de moult palettes qui rappellent que le Bisontin de naissance fut un portraitiste très en vogue entre la fin du XIXe siècle et le début du suivant: du président Sadi Carnot au pape Léon XIII, de Sarah Bernard à Roosevelt (jusqu’au Maradjah de Kapurtala ; on ne sait pas qui c’est, mais le nom sonne bien, non ?) ont confié leurs traits à son coup de pinceau. Un des grands oubliés de la ville, le Théobald qui n’a même pas droit à une rue à son nom.
Et tout au fond de la promenade (côté rue Mégevand, vers les… toilettes), quelques colonnes sont tout ce qui reste d’un bar ouvert en 1789 (détruit en 1925) où l’on pouvait boire bières et limonades, s’offrir glaces et confiseries. Mais, promenade Granvelle, restent toujours aujourd’hui un petit kiosque à crêpes et deux des terrasses emblématiques de Besançon : la Brasserie Granvelle ouverte aux alentours de la Première guerre mondiale et le 1802, ancien Palais de la Bière ouvert lui en 1930.
F.P.C.
✪ Promenade Granvelle : place Granvelle (La Boucle). Accès : bus lignes 3,4,6 et 10 ou B1 et 2, arrêts Carmes ou Saint-Maurice.






