OK, il y a surtout des vignerons (donc du vin) à Arbois, mais pas mal d’autres trucs à déguster et à découvrir, sous la figure tutélaire de Pasteur, dans cette petite ville aussi belle que rebelle.
Dans le département du Jura, la prochaine marche des Fiertés Rurales est organisée à Arbois le 27 juin prochain. Pas à Lons ou à Dôle, non. À Arbois. Il faut écrire que cette petite ville viticole a, de longue date, défendu les droits des minorités. Le 13 avril 1834, comme à Paris (où les troupes de Louis Philippe participeront le lendemain au tragique -et …tragiquement méconnu- massacre de la rue Transnonain), à Arbois, en soutien à la révolte des Canuts lyonnais, les vignerons déclarent, comme ça tous seuls dans leur coin, le rétablissement de la République. Et il est de vieux Arboisiens à nous avoir raconté que ce jour là, le drapeau rouge avait été hissé au sommet du clocher de l’église.

La tour-clocher de Saint-Just (mais sans drapeau rouge). © Mathilde Bouquard.
Et les historiens sont tombés d’accord sur le fait que quand le sous-préfet qui tentait une négo et cherchait « un chef » à qui parler, la réponse des insurgés avait été aussi catégorique qu’unanime : « nous sommes tous chefs ». Rebelle donc Arbois. Belle et rebelle. Belle, parce qu’on ne se lasse pas (bon si les bagnoles pouvaient tenir un peu moins de place, ce serait cool) d’un verre en terrasse avec vue sur la fontaine de la place de la Liberté bordée de rues à arcades, de la vue depuis le pont des Capucins sur les maisons en encorbellement au dessus de la Cuisance, rivière qui se fait ici presque torrent, et sur la tour Gloriette, ultime vestige des remparts de la ville. Sinon, balade presque obligatoire dans des rues d’une infime tranquillité longées par d’anciens hôtels particuliers pour beaucoup classés monuments historiques ou les vieilles maisons vigneronnes du populaire faubourg Faramand, rive gauche de la Cuisance.

Pasteur stoïque depuis 1901 (même quand y sert des canons pour la contre-fête du Biou). © La Cédille.
Il est également de vieux Arboisiens a nous avoir raconté que chaque année était organisé autour du monument érigé en 1901 en hommage à Pasteur, un contre-événement de la fête du Biou, organisé par une joyeuse équipe, farouchement anticléricale (une vieille tradition jurassienne, semble-t-il, là encore…) donc fâchée que la grappe de raisins géante soit, chaque premier dimanche de septembre, bénie par le curé.
Pour l’UNESCO, le Biou bientôt plus dans le flou
Évoquons la, évidemment, cette fête du Biou, une des plus vieilles manifestations vigneronnes de France (connue depuis au moins 1665, en lice, en cette année 2026, pour l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO). La procession, emmenée par une vraie-fausse grappe de raisins (qui pèse bien son quintal…) part de pile en face la maison familiale de Louis Pasteur. Parce que le vin et Pasteur sont les deux faces d’une même pièce à Arbois.

Arbois tient la grappe depuis au moins les Romains. © La Cédille.
Avec des vignes plantées depuis au moins l’époque romaine (quelques amphores en témoignent) sur, rien de plus logique, les pentes d’un village dont le nom semble provenir du celte ar et bos, soit terre fertile. Sinon, Arbois n’est pas peu fière d’avoir obtenu pour ses vins, la première Appellation d’Origine Contrôlée (A.O.C.) de France, tous produits confondus. Même si les vignerons jurassiens ont un parfois un peu tendance à oublier que le décret du 15 mai 1936 classait tout autant en A.O.C., les vins de Châteauneuf-du-Pape, Cassis, Monbazillac, Tavel et le cognac de …Cognac. Même si, comme ceux de Châteauneuf-du-Pape, les vignerons d’Arbois se sont bien battus (ce doit être dans leur A.D.N.) pour l’obtenir cette A.O.C..
Fou du vin d’Arbois
Sinon, pour rester entre les rangs de vignes, celle où Louis Pasteur a mené ses expérimentations sur la… pasteurisation, est toujours là, à quelques encablures (le long de la nationale qui rejoint Besac, à l’orée de Montigny-lès-Arsures…), désormais propriété de la famille d’un autre grand monsieur, Henri Maire, qui a fait la promo du vin du Jura, pour le meilleur ou pour le rire : qui n’a pas vu, d’un bout à l’autre de la France, ses pancartes publicitaires pour le « Vin Fou » au long de la moindre départementale…
F.P.C.
ON Y VA
– En train : au départ de la gare Viotte, compter à la louche 40 minutes en TER (une dizaine d’allers retours par jour). Plein de réducs, faciles à dégotter en ligne : https://www.ter.sncf.com/.
ON S’INFORME
– Office de Tourisme : 17, rue de la République. https://www.coeurdujura-tourisme.com/.
ON DÉCOUVRE
– La maison de Pasteur : 83, rue de Courcelles. https://www.terredelouispasteur.fr. Cette maison de famille semble n’avoir pas bougé d’un centimètre de papier peint depuis le XIXe. Et l’on s’y attendrait presque à croiser Louis Pasteur, au sortir de son laboratoire, parti humer l’air du temps dans son jardin suspendu au dessus de la Cuisance. Étonnant endroit !

Toc, toc, monsieur Pasteur, nous somme journalistes et serions ravis de vous rencontrer. © La Cédille.
– L’église Saint-Just : 2-10 rue des Familiers. Dédié à un Saint-Just qui n’est évidemment pas le Révolutionnaire de 1789 (quoique… à Arbois), elle dresse son clocher, rive gauche de la Cuisance, depuis le XIIe siècle. Reconstruit, suite à un incendie en 1717, cette tour-clocher est aujourd’hui typiquement comtoise. L’intérieur hésite lui entre le roman et le gothique avec un orgue et une chaire qui, comme quelques statues, prouvent que le Jura sait travailler le bois.
– Le musée de la vigne et du vin : rue du Château-Pécauld. Le château Pécauld (XIIIe siècle) a, vu de l’extérieur, de l’allure. Pour les Bisontin(e)s, fans des De Granvelle (on en connaît), le Nicolas y a mis, à la Renaissance, son grain de sable. À l’extérieur toujours, une vigne conservatrice te familiarise avec les cépages jurassiens. Sinon, entre rez-de-chaussée et caves, la « capitale des vins du Jura » mériterait (franchement !) mieux que ce modeste musée… Même si on y découvre quand même quelques trucs, entre autres, sur l’histoire du vin Jaune.
ON BOIT UN VERRE ET ON MANGE UN BOUT
– Le Bistrot des Claquets : 33, rue de Faramand. https://www.lebistrotdesclaquets.com/. Notre Q.G. quand on débarque à Arbois. Pour, à midi, ses formules et menu du jour : du tout simple, du tout bon, du tout fait maison et du tout très gentiment facturé. Le soir, c’est au comptoir comme dans la salle d’un bistrot qui semble avoir toujours été là, vins nature (du coin évidemment) et bières de pas bien loin non plus. Et pour te situer, même un mardi plus que pluvieux d’un soir d’octobre, tu vas peut-être y croiser (et sympathiser avec) un sacré paquet de bonnes gens (pour une ville qui n’atteint même pas les 10000 habitants, ça surprend). Coup de cœur quoi.
– Les Caudalies : 20, avenue Pasteur. https://www.lescaudalies.fr/. On avait déjà mis, avec plaisir, les pieds sous leur table, y’a pas mal de temps déjà, en bord de route, sur les hauteurs de Salins. La famille s’est ensuite installée à quelques enjambées de la maison de Pasteur. Et depuis le fiston est devenu Meilleur Ouvrier de France catégorie sommelier et sa carte des vins (du Jura, forcément, majoritairement) donne le tournis avant même d’avoir trempé ses lèvres dans le premier verre. À part ça, on y mange fort bien (et on y dort fort bien également, on t’en parle quelques lignes plus loin…). Mais bon, évidemment, pour profiter de tout ça, il va t’être nécessaire de sortir quelques billets…
ON REMPLIT SON PANIER
– De quelques quilles évidemment : il y a évidemment Henri Maire dont la visite du petit musée planqué au fond de l’immanquable boutique (Aux Deux Tonneaux, 1, place de la Liberté) mérite un coup d’œil (pour les vins, à toi de voir…). Il y a tout aussi évidemment la Fruitière Vinicole dont on persiste à trouver le rapport qualité-prix-plaisir des ses bouteilles des plus intéressants (et qui, si tu as la flemme de grimper jusqu’au fameux château Béthanie, tient boutique au 43, place de la Liberté). Il y a les indéboulonnables (même s’ils ont été rachetés par des … Bourguignons) comme le Domaine Rolet Père et Fils (11, rue de l’Hôtel de Ville). Et les jeunes pousses qui innovent comme Oh, Deux Domaines (toujours place de la Liberté mais au 42) avec sa boutique où tu entends parler toutes les langues du monde. Et le Cellier des Tiercelines et son impressionnante cave gothique au 5, rue de Bourgogne (résa plus que conseillée si tu veux descendre sous ses voûtes). Et si tu as la flemme de faire le tour des boutiques de vignerons, un caviste digne de confiance (ancien sommelier du doublement étoilé Jeunet) qui sous l’enseigne les Jardins de Saint-Vincent (49, Grande-Rue), propose le meilleur de ce que le Jura peut mettre en bouteille.
– De chocolats : chez Hirsinger, institution locale qui a pignon sous les arcades de la place de la Liberté depuis 1900 et dont le quatrième représentant de cette famille, chocolatiers de père en fils depuis le XIXe siècle, est meilleur ouvrier de France. Chocolats (avec d’étonnantes créations) à croquer et à craquer (si ton compte en banque te le permets). Petit mais très sympathique musée autour de l’histoire de l’adresse au sous-sol (mais faut être au moins dix pour le visiter sauf à passer par l’office de tourisme).

Quand Hirsinger rime avec musée. © Hirsinger.
– De fromages : Essencia (44, Grande-Rue), petite frangine de la boutique de Poligny propose des fromages locaux soigneusement sélectionnées et, puisqu’on est à Arbois, quelques jolis flacons pour aller avec.
ET PLUS SI AFFINITÉS (S’IL TE PRENAIT L’ENVIE DE RESTER)
– Les Caudalies : tu trouveras l’adresse quelques lignes plus haut. Les chambres sont simplement charmantes et finalement tranquilles, en retrait de la route, surtout pour celles qui donnent sur un vaste jardin baigné par la Cuisance.
– Camping au cœur des Vignes : 5, route de la Piscine. https://au-coeur-des-vignes.com/. Un camping à l’ambiance familiale, pas tout près du centre mais la possibilité de dormir dans un tonneau (à Arbois, ça s’impose presque). Sinon, tu peux simplement y planter ta tente. Et la piscine municipale est juste à côté (gratos pour les clients du camping).






