Sur les hauteurs de la vallée de la Loue, un aussi joli qu’étonnant village qui mixe nature encore sauvage, patrimoine historique et art contemporain et quelques boissons qui titrent plus ou moins de degrés d’alcool.
Le plus haut perché des villages de la vallée de la Loue a hérité son nom du latin monasterium. Explication simple, basique : le village s’est constitué autour d’un monastère fondé quelque part au IXe siècle, peut-être avant même, on sait juste que la première trace écrite de son existence remonte à l’an 870. Et confirmation, pour avoir visité un bon paquet de monastères un peu partout en Europe, que les moines savaient choisir leurs spots. Parce ce site naturel frôle le sublime : le village s’inscrit dans un gigantesque amphithéâtre de falaises, sculptées au fil des temps (d’il y a longtemps) par la Loue et ses ruisseaux affluents. Parmi ces falaises : la roche de Hautepierre (ne cherche pas plus loin l’autre moitié du nom du village) qui domine, côté nord, la vallée. Mais les moines n’étaient pas les premiers à profiter du paysage : dès la Préhistoire, l’Homme avait bien aimé la vue depuis, notamment, la grotte dite de la baume Archée.

Au commencement… © La Cédille.
Un monastère donc. Devenu après son rattachement à la célèbre abbaye de Cluny, prieuré quelque part vers 1120. Un XIIe siècle qui semble également avoir vu les moines planter les premières vignes sur les flancs de la vallée de la Loue. Et des vignerons, Mouthier en a compté. Beaucoup. Dans les deux-trois rues du haut du village en témoigne le foisonnement de maisons aux amples portes de cave qui occupent bonne partie de la façade. Historiques bâtisses qui datent, dans leur ensemble, du XVIIIe siècle. Un siècle dont en contrebas, se souviennent également quelques vestiges des nombreux ateliers et moulins installés là pour allégrement profiter de la force motrice des eaux de la Loue.

La plus saugrenue des maisons vigneronnes du vieux village. © La Cédille.
Bon, le phylloxéra est, entre autres fléaux, passé par là et la commune qui, à l’époque était habitée par plus de 1 000 habitants, n’en compte aujourd’hui pas beaucoup plus de 300. Plus de vignes donc, mais des cerisiers dont la floraison printanière est toujours un plaisir visuel et dont les petits fruits ronds plus noirs que rouges (une variété locale appelée marsotte) servent à la fabrication d’un kirsch, dont la réputation n’a jamais franchement dépassé les limites de la région, ce qui n’empêche pas une vieille plaque émaillée d’annoncer Mouthier comme « capitale du kirsch »…

La mignonette école-mairie. © La Cédille.
Mais question boissons avec quelques degrés d’alcool, Mouthier se pose là avec une des plus vieilles brasseries artisanales de Franche-Comté, Entre 2 Mondes, fondée par une Suissesse et un Québécois en 2007, un jeune paysan-distillateur qui produit sous les (belles) étiquettes du Loutron Libre de belles absinthes (entre autres…). Et si ce village n’a pas eu comme le voisin d’en bas, la chance de voir naître Courbet, il pourrait s’enorgueillir un peu plus d’avoir son Pasteur local avec Césaire Phisalix qui a inventé un sérum contre les morsures de serpent. Mais, dommage, le petit musée d’histoire naturelle fondé en 1907 par son épouse, Marie, elle aussi spécialiste des serpents (et qu’on compte parmi les rangs des premières féministes) dans la mignonne (avec ces céramiques Art nouveau) mairie-école est aujourd’hui fermé… Mais bon, entre un centre d’art contemporain, le prieuré historique brillamment rénové et toutes les jolies balades à faire autour du village, Mouthier-Hautepierre offre de quoi occuper une journée, sinon plus…
F.P.C.
ON Y VA
– En bus : ligne Mobigo LR 204 Besançon-Pontarlier via Ornans. Arrêt Mouthier-Haute-Pierre (y’en a qu’un de toute façon…). https://www.viamobigo.fr/.
ON S’INFORME
– Pas d’office de tourisme à Mouthier, mais plein d’infos en ligne sur le site de celui d’Ornans, dont la zone de compétence (zut, on commence à écrire comme quelqu’un qui passe ses journée à concevoir des Powerpoint) englobe une bonne partie de la vallée de la Loue. https://www.valleedelaloue.com/.
ON DÉCOUVRE
– L’Église Saint-Laurent : 7, place du Prieuré. On la remarque de loin grâce à son clocher qui, avec ses 43 mètres de haut, tente de toucher le ciel depuis le XVIe siècle et grâce aux subsides d’Antoine Perrenot de Granvelle. L’intérieur impose qu’on en pousse la porte : chaire de bois subtilement sculptée provenant de l’ancienne église du prieuré, du XVIIe comme le retable inévitablement (dans le coin) baroque donc tout en dorures. Quelques toiles et sculptures des XVe et XVIe siècles méritent également qu’on y pose les yeux.

Merci Antoine pour le clocher. © La Cédille.
– Le Prieuré : 8, place du Prieuré. https://leprieuremouthier.fr/. Au pied de l’église, ce superbe ensemble -à l’origine du village si tu nous a lu jusqu’ici- a été non moins superbement relevé de ses ruines à l’initiative d’un enfant du village, François Guillin (ex boss de Guillin Emballages, boite née également à Mouthier aujourd’hui installée à Ornans) et de son épouse Christine. Cloitre (avec un olivier aux airs de bonsaï géant), jardins de curé (enfin de moines pour le coup et avec vue) et des œuvres d’art un peu partout entre sculptures contemporaines (Folon, Nikki de Saint-Phalle…) et aussi et surtout un cinquantaine de toiles de quelques grands noms de la peinture comtoise des deux siècles derniers : Zinng, Roz ou Charigny.
– Le Manoir : 25, Grande-Rue. https://www.manoir-mouthier.com/. Un peu planqué au cœur du village et derrière la marquise d’un hôtel qui eut son heure de gloire, c’est un lieu associatif autour de l’art contemporain qui nous a surpris dès notre première visite (quand il s’est installé là, il y a bientôt dix ans). Parce qu’il est complétement hors circuits conventionnels du monde de l’art ce Manoir, avec artistes contemporain(e)s venu(e)s de toute l’Europe en résidence et expositions saisonnières.

Une des vues de Syratu (mais il y en a plein d’autres, le ruisseau prend son temps pour rejoindre la Loue…). © JGS 25.
– Plein de petites randos tout autour de Mouthier. Il faut évidemment, pour le panorama, grimper jusqu’à la Roche de Hautepierre. Sinon, pour l’instant, le sentier qui suit les sauvages gorges de Nouailles est fermé le temps de le sécuriser. Mais pour goûter à la nature, en un petit quart d’heure à pied, en descendant du village, le site de Tivoli (bon, les gens du coin disent « on va à Syratu », rapport à la jolie cascade qui descend paliers par paliers jusqu’à à la Loue) est juste parfait. Et un idéal spot de pique-nique (équipé de tables et de bancs).
ON BOIT UN VERRE, ON MANGE UN BOUT ET ON REMPLIT SON PANIER
– La Petite Épicerie de Jade : 16, route des Gorges de Nouailles. https://www.facebook.com/lapetiteepiceriedejade/?locale=fr_FR. La patronne (à l’accueil adorable) ne s’appelle pas Jade mais cette toute petite (mais pleine de charmants recoins) boutique mérite que tu t’y arrêtes parce que c’est une épicerie de village pas comme les autres. Le temps d’un café (voire autre breuvage) en terrasse avant ou après de remplir ton panier pique-nique de produits, pour un bon gros quart (à la louche) régionaux sinon très locaux.

Chez Jade (enfin, chez Catherine), terrasse en bord de route mais avec vue. © La Cédille.
ET PLUS SI AFFINITÉS (S’IL TE PRENAIT L’ENVIE DE RESTER)
– Chambres d’hôtes Villa Myriem : 10, rue Ernest-Reyer. https://www.villameyriem.fr/. Parce que (c’est très subjectif), on craque toujours ou presque sur les villas fin XIXe siècle (ou du tout début du suivant). Et c’en est une, avec clocheton et tout. Parce qu’aussi les chambres sont décorées avec de l’idée (et avec une vue un peu waow pour certaines), l’accueil à la cool (il y a même un dortoir pour les petits budgets). Et, oups, on a failli oublier un jardin et une piscine (avec vue un peu aussi).






