Portrait en creux (et surtout en bosses) d’un des plus anciens hôtels de ville de France qui a, posé au cœur de la ville, connu plusieurs vies, du Moyen Âge à aujourd’hui.
Il vient de loin cet inévitable bâtiment de la Boucle. Puisqu’une première construction a ici été élevée en 1393. De ce Moyen Âge ne subsistent que quelques caves aux amples voûtes gothiques (que tu devrais avoir un peu de mal à visiter…). Il revient de loin aussi l’hôtel de ville de Besac. Puisqu’en 2015, le jeudi 25 juin à midi pile (ou presque, même dans la capitale de l’horlogerie, nous ne nous sommes, face aux flammes, pas nécessairement penché sur le cadran de notre montre) un incendie en a ravagé une bonne partie. Un cocktail Molotov balancé (après avoir prévenu tout le monde de se barrer quand même, hein…) par un écrivain d’origine camerounaise, Bertrand Teyou, fin énervé (comme on dit de par chez nous) de ne pas, réfugié politique, se sentir plus protégé que ça face aux menaces que laissait planer sur lui une des pires dictatures du continent africain.

Au cours de l’incendie de 2015, les pompiers sauvent ce qui peut l’être. © Éric Chatelain/Ville de Besançon.
Au Moyen Âge, affaiblissement du pouvoir féodal (épiscopal dans le cas de Besac) oblige, des assemblées municipales se créent un peu partout dans les villes. Comme à Besançon où bourgeoisie et aristocratie locales commencent, dès 1290, à décider des destinées de la cité. Ce premier « conseil municipal » (rappelons que le terme a été créé par la Révolution) se réunit à partir de 1290 dans un hôtel particulier de la rue Pasteur qui devrait rappeler quelques souvenirs à celles et ceux qui ont été élevé(e)s chez les curés puisque l’adresse a longtemps abrité l’institution scolaire Sainte-Ursule.

Rayures gris et beiges. © D.R.
L’époque de la Renaissance brasse de la thune à Besançon. Et Charles Quint et son pote Nicolas Perrenot de Granvelle ouvre grands les cordons de leurs bourses pour revoir et corriger l’hôtel de ville. L’architecte Richard Maire s’y colle à partir de 1569 (les travaux sont achevés en 1573). Et bon, on ne sait pas (on ne saura jamais) comment il a dealé avec les maçons et autres tailleurs de pierre à l’œuvre mais la façade à bossage dessinée par l’architecte, typique des palais italiens de la Renaissance, parvient à alterner rangs gris et beiges alors que la pierre de Chailluz utilisée fait plutôt dans le mélange des genres.

La fontaine a presque retrouvé en 2021 son aspect du XIXe (jusqu’au retour de Charles Quint ? ) © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
À droite de la façade, une grande niche abritait autrefois une statue en bronze de l’empereur Charles Quint chevauchant un aigle agrippé à deux colonnes (les armoiries de Besançon, si tu ne le savais pas). Les Révolutionnaires ont fondu le Charles au grand dam du proche voisin, l’inénarrable autonomiste Franc-Comtois Jean-Philippe Allenbach. C’est depuis 2021 et comme au XIXe siècle, une fontaine avec un petit angelot de fonte qui déverse de l’eau (enfin ces jours derniers…) dans un bassin. Sur le côté gauche de la façade, est visée une discrète aune (enfin une copie) qui servait d’unité de mesure (avant l’obligation d’utiliser le système métrique) aux, entre autres corporations, marchands de tissus.

L’aigle bisontin, sur ton chemin, jusqu’à l’office de tourisme. © La Cédille.
De l’intérieur, hormis les tout récents locaux (qui, pour le coup, sentent encore un peu la peinture) de l’Office du Tourisme et des Congrès, tu ne découvriras pas grand chose. À moins de suivre un conseil municipal (les séances sont publiques, en principe, mais la salle n’a aucun intérêt architectural…) ou d’attendre les Journées du Patrimoine. Enfin, l’édifice se visitait dans ce cadre là ces dernières années ; balade guidée par des élu(e)s, de la salle des portraits (des maires de la ville, bizarrement pas classés par ordre chronologique…) à l’ancien bureau, resté dans son jus, d’un autre maire de Besançon, Jean Minjoz en passant par la salle des pas perdus où sont exposés quelques actes d’état-civil de gloires locales, d’Hugo à Proudhon…
F.P.C.
✪ Hôtel de Ville : 52, Grande-Rue (La Boucle). Accès : bus ligne 3, 4, 6 et 10, arrêt 8 Septembre.






