LA MADELEINE, UNE FILLE À HISTOIRES 1/5
Première étape d’une série à la découverte de cette église que tout le monde ou presque appelle La Madeleine : de ses origines incertaines à son implication sociale au tournant des XIXe et XXe siècle.
L’église Sainte-Madeleine (où la Madeleine, comme on l’appelle dans le quartier sinon au delà), les touristes en balade qui la prennent pas mal en photo, la prennent assez régulièrement également pour la cathédrale de Besançon. Il est clair que, vue de l’extérieur, elle en impose plus que la consacrée cathédrale. Et on peut écrire que si elle n’est pas celle de la ville, cette église a longtemps été la cathédrale des Bousbots de Battant, quartier autrefois très catholique dont les habitants ont d’ailleurs hérité leur surnom de cette foi profonde, autant que l’était le Doubs d’alors, quand ils y ont repoussé une attaque protestante. D’accord, si tu cliques sur le lien deux-trois lignes plus haut, tu vas tomber sur un article consacré à un bistrot mais dans lequel on te raconte le pourquoi du comment de ce Bousbot. Et, après tout, Jésus n’avait-il pas le pouvoir de changer l’eau en vin ?
Un pape à Besac
Bon. Retour à la Madeleine qui- même si le bâtiment actuel n’en conserve aucun souvenir- pourrait bien être la plus vieille église de Besançon. Dès 235 (après J.-C. évidemment), aurait été édifié ici, sur le chemin des arènes romaines, un sanctuaire chrétien avec un baptistère dédié à saint Lin, premier évêque de la ville. Mais bon, dans un bel ensemble, historiens comme archéologues ne croient pas du tout à cette légende, tradition orale, enfin tu choisis l’expression que tu veux. En revanche, ces spécialistes s’accordent sur l’existence dès le XIe siècle, posée un chouia en aval du pont Battant, d’une église dédiée à sainte Madeleine. Les premières pierres sont posées en 1031 à la demande de l’archevêque Hugues de Salins, grande figure de l’histoire médiévale de Besançon sinon de plus loin : c’est son pote le pape Léon IX qui consacre l’église Sainte-Madeleine en 1050. C’est alors un ample édifice de style roman (à la mode de l’époque…) doté d’un cloitre. Mais, la faute à pas de chance : un incendie qui détruit tout ou presque du quartier en 1221, colle un sacré coup à la Madeleine. Et le 1er janvier 1227, un tremblement de terre fait dégringoler les dernières pierres qui tenaient encore à peu près debout.

Nicolas Nicole te fait un (bon) plan. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
La reconstruction de l’église prend ensuite un peu-beaucoup de temps : elle ne s’achève qu’en 1370. La mode est désormais au gothique, la Madeleine sera donc gothique. Mais dommage, le ou les architectes choisissent pour cette reconstruction des pierres pas franchement solides. Enfin des pierres qui parviennent à franchir quelques siècles jusqu’à ce que le XVIIe assiste à l’effondrement d’un tiers de la voûte (toiture comprise) puis à la chute du clocher victime d’un violent coup de vent. Déclarée dangereuse en 1731, l’église est complètement détruite à partir de 1736 et une nouvelle reconstruction décidée. Sur les plans de l’architecte star de l’époque à Besançon, Nicolas Nicole. Les travaux débutent en 1746 et maçons et autres corps de métier s’activent jusqu’en 1765 sans franchement parvenir à les terminer, faute d’argent malgré les souscriptions lancées. L’église est toutefois rendue au culte en 1766. Mais la Révolution passe par là, interrompt à nouveau les travaux, pille mobiliers, tableaux et objets du culte d’une église transformée en Temple de la Concorde en 1794.
Restaurée sous la… Restauration
Quelques décennies s’écoulent pendant lesquelles la Madeleine n’est plus que l’ombre d’elle même. Puis, sous la Restauration, c’est reparti pour un tour (deux tours même !). Mais la Madeleine semble vraiment jouer de malchance : la pierre de Chailluz vient à manquer et même si on peut trouver à peu près le même matos à la Malcombe, c’est une vraie galère pour l’acheminer jusqu’à Battant, faute de route. Qu’importe, les vignerons du quartier décident d’empoigner pelles et pioches pour en tracer une. Et, en 1830, après deux ans de travaux, les tours de La Madeleine pointent dans le ciel bisontin et les portails s’ouvrent aux paroissiens.

Les « soupes communistes » (même si le parti n’existait pas encore sous ce nom) de 1907. © D.R.
Et l’église continue à peser dans le quartier. Une vieille histoire puisque on doit aux curés de la Madeleine la création du tout premier hôpital Saint-Jacques en 1183 et de la première école de ce côté du Doubs (rue de… l’École) dont franchement nous serions infoutus de te donner la date exacte de l’ouverture, sinon qu’elle remonte, idem, au moins au XIIe siècle. Suivront en 1893, le Patronage (a.k.a. le patro) avec sa section gymnastique, un cinéma, l’association de la Bousbotte avec son équipe qui tape dans le ballon depuis 1909. Une asso alors (elle a carrément changé de quartier) installée dans la cour de l’hôtel de Champagney où, en 1907, l’église de la Madeleine accueillait les soupes communistes , repas gratuits offerts au soutien aux grévistes des Papeteries Bisontines. Ce qui, aujourd’hui (on en reparlera dans le dernier article consacré à cette église) semble complétement irréaliste…
F.P.C.
✪ Église Sainte-Madeleine : 1 bis, rue de la Madeleine (Madeleine-Battant). Accès : bus ligne 8, arrêt Battant ou tram lignes 1 et 2, arrêt Battant.






