VAUBAN DEBOUT 7/7
Pour notre dernière visite chez Vauban, balade au long de la rive gauche du Doubs où l’architecte a semé (ou revisité) pas mal de fortifications, dont une innovation dont il a réservé la primeur à Besac : la tour bastionnée. D’amont en aval, une petite rando urbaine au long des quais, agréable si l’on prend la peine d’oublier que tous ces ouvrages n’avaient qu’un seul but : la guerre…
LA TOUR DE RIVOTTE

Peut-être que les boulistes qui tirent ou pointent sur le terrain posé presque à ses pieds y jettent parfois un regard. En tous cas pas les automobilistes qui quittent Besançon via l’avenue Gaulard qui rejoint depuis 1943 le faubourg Rivotte. Ni les passagers-passagères du train Besançon-Le Locle dont les travaux ont également pas mal modifié tous les trucs en plus qu’avait fait aménager Vauban tout autour de la tour : fossé empli d’eau, remparts… Pourtant, elle se dresse là depuis 1690, cette tour bastionnée, idéale entrée en matière pour cette balade parce que c’est l’exemple presque parfait de ce nouveau type de fortification inventé à et pour Besançon par Vauban. La tour bastionnée donc. Soit pour faire simple, un bastion, construction octogonale de pierres qui remplace depuis la Renaissance les tours rondes médiévales. Mais, parce que Vauban y a ajouté un mais, augmenté d’un étage donc plus difficile à envahir et qui donne un peu plus de hauteur pour canarder l’ennemi. Étage construit en briques dont les éclats en cas de collision avec un boulet de canon blessent moins les soldats que ceux de pierres. Le va-t’en-guerre Vauban avait (on l’a déjà écrit dans cette série), un vague souci de la (sur)vie des soldats du roi. Comme toutes les autres tours bastionnées de cette rive du Doubs, la toiture à quatre pans n’avait pas été prévue par Vauban, il a été ajouté au XIXe siècle. Et le FRAC a posé quelques œuvres d’art contemporain tout à côté.
LA TOUR DE BREGILLE

Alors OK, depuis l’orée des Eighties, tout le monde l’appelle le Bastion, lieu vivant sur lequel La Cédille vous a déjà écrit quelques lignes. Mais bon, c’est le nom officiel de cette tour bastionnée (one more) qui pourtant n’est pas du tout à Bregille mais à l’orée du pont de… Bregille construit pile à l’époque où la tour s’élève. En bois, le pont, pour pouvoir le destroyer rapidement, des fois que les autres fortifications dont une redoute (aujourd’hui disparue) construite sur l’autre rive, n’auraient pas suffi à contenir l’ennemi. Pour la petite (sinon la grande) histoire : ce pont qui remplaçait un bac (dit de l’Archevêché) est aujourd’hui le plus ancien de la ville après celui de Battant. Même si, comme son aîné, il a été maintes fois modifié.
LE BASTION DU MOULIN SAINT-PAUL

Du bastion de Vauban ne reste que quelques pierres des murs de soubassement. Il faut écrire que ce bâtiment, aujourd’hui plutôt imposant, a été un paquet de fois remanié (on vous passe les dates parce qu’entre 1596 et 1831, les travaux n’ont pratiquement pas cessé). C’est pourtant un des plus anciens monuments de la ville dont on trouve trace écrite dès le XIe siècle. Ancien moulin à eau, propriété de la prestigieuse l’abbaye Saint-Paul dont les meules écrasent d’abord des graines de blé et où dès 1473 s’installe également une papeterie. Moulin qui au cours de ce même XVe siècle est fortifié, intègre l’enceinte de Besançon, histoire, en cas de siège, d’assurer huile et farine aux Bisontin(e)s. Moulin qui a fonctionné jusqu’à la fin du XIXe avec meules qui broyaient des graines de moutardes comme foulons pour battre le chanvre. L’armée l’a cédé en 1935 aux services administratifs de Voies navigables de France. Services qui ont quitté, il y a très peu, les lieux. Quel avenir pour ce qu’on appelle l’îlot Saint-Paul ? Dans son programme, le candidat aujourd’hui maire de Besançon Ludovic Fagaut prévoit d’y ouvrir un « hostel, auberge de jeunesse du XXIe siècle ». Mais, puisque d’après nos confrères, Ludovic Fagaut semble refuser de financer les travaux de réhabilitation du Centre International de Séjour, qui servait peu ou prou (avec le F.J.T. des Oiseaux), d’auberge de jeunesse à Besançon, ce projet là paraît mal barré. Et ce n’est pas pour faire un jeu de mots avec les bateaux qui franchissent, au pied du moulin-bastion, une des dernières écluses (la n°50) manuelle du long du Doubs.
LA TOUR DE SAINT-PIERRE

Alors là, n’était une plaque apposée sur la muraille, difficile de savoir que cet arête de pierres noircies par les années est tout ce qui subsiste d’une tour bastionnée de Vauban. Mais comme si tu as décidé de nous suivre jusque là, tu va forcément passer devant (mais faut ouvrir l’œil).
LE BASTION DU SAINT-ESPRIT

Même rénovées de frais, ces quelques pierres passent un peu inaperçues surmontées par le parking Cusenier et surtout de plus prestigieux voisins. Il n’empêche que c’est du Vauban…
LA TOUR DES CORDELIERS

Elle se dresse tout au bout de ce quai Vauban qui avait rendu fin énervé… Vauban. Ses escaliers et les remparts voisins servent un peu, en période scolaire, de cour de récré bis pour les lycéen(e)s de Pasteur. Sinon, c’est une tour bastionnée typique de l’architecte dont les travaux se sont achevés en 1691. Si cette tour s’est un temps appelée bastion de l’Hôpital, elle tire son nom actuel de l’ancien couvent des Cordeliers désormais donc aujourd’hui le voisin lycée pasteur. Il semblerait (mais nous n’en avons honnêtement aucun souvenir…) qui furent organisés expos comme concerts. La tour se contente désormais d’être là, à l’orée du nouveau quartier de la Grande Bibliothèque dont on ne sait pas trop-trop quelle sera la physionomie définitive…
LA TOUR DU MARAIS

À une extrémité de ce qui est aujourd’hui la promenade de Chamars, autrefois marécage d’où, pardi son nom (bon, on a le droit de l’appeler également tour de Canot). Vue de loin, justement de l’extrémité de la superbe allée arborée de Chamars, elle peut, dans la brume qui parfois monte du Doubs le matin, prendre des allures de manoir gothique. C’est pourtant bien une tour bastionnée, la toute première d’ailleurs du genre conçue par Vauban. Et celle là n’est pas vide, accueille les locaux de deux associations : le plus vieux club de spéléologie de la ville fondé en 1949 et Don Quichotte, qui comme son nom l’indique, fait plutôt dans les rencontres entre celles et ceux qui parlent la langue de Cervantès mais dont on n’a pas de nouvelles depuis quelques temps (mais leur plaque est toujours sur la porte, donc…).
LA TOUR DE CHAMARS

Puisque l’idée de départ était de te proposer de suivre cette balade au long de la rive gauche du Doubs à pied : pour rejoindre au plus direct la tour du Marais et celle de Chamars, il y a bien deux escaliers, mais entre ces volées de marches, aucun passage piéton pour franchir les voies du tram et le boulevard Charles de Gaulle. Donc, un, on se demande qui n’a jamais pris la peine d’envisager ce genre d’aménagement, deux, la traversée est à tes risques et périls (et comme on tient à te garder comme lecteur-lectrice de La Cédille, on va t’inciter à faire un léger détour jusqu’au passage piéton, en bas du boulevard…). Sinon, la tour de Chamars est comme sa proche voisine, typique de l’architecture signée Vauban. Et vide…
LE BASTION DE LA VILLE

Au long du parc de la gare d’eau. C’était au Moyen-Âge, un moulin construit sur un ilot au bord du Doubs. Vauban l’a planqué derrière un bastion histoire, une fois encore (si tu as pris la peine de nous lire jusque là) d’assurer l’approvisionnement de la ville en denrées de première nécessité en cas de siège. Le bâtiment a, avec la création du chemin de halage du canal Napoléon (dit canal Monsieur et qui deviendra du Rhône au Rhin), creusé à partir de 1700, perdu sa fonction de moulin mais conservé sa tronche de bastion. Bien protégé : d’ailleurs les nazis l’ont utilisé comme abri anti-aérien sous l’Occupation.
Textes et images : F.P.C.






