JEUX D’EAUX ET DE DAMES
Des dames qui autrefois prononçaient ici leur vœux, une dame qui aujourd’hui remplit d’eau un ample coquillage… Pour notre quatrième article de la série, une spectaculaire mais finalement pas si connue que ça (beaucoup se contentent de passer devant en bagnole) fontaine de la ville.
Difficile sinon impossible de savoir, à une poignée d’années près, quand a été aménagée la fontaine des Dames. Vers la fin du XVIIIe siècle de sûr et sur les plans de Bertrand (Claude-Joseph-Alexandre de ses prénoms), architecte et urbaniste, chantre du néo-classicisme auquel Besançon doit pas mal de ses plus agréables endroits (la promenade Granvelle, Chamars…).

Un bozzetto (enfin, un brouillon, une esquisse en V.F.) de la fontaine. © Mémoire Vive/MBAA.
Discrète mais finalement spectaculaire, cette fontaine là, surmontée d’un blason sculpté aux armes de la ville (et de sa devise Utinam) d’où dégoulinent façon corne d’abondance, fruits et légumes. Dans la niche : des rocailles inspirées (enfin, c’est ce qui se raconte en ville) par les concrétions des grottes d’Osselle, deux dauphins qui se font un câlin tout en supportant une conque largement ouverte où est tranquillement installée une sirène de bronze qui fait jaillir l’eau de ses seins. Si l’ensemble de la fontaine est du au ciseau de Luc Breton, la sirène est attribuée à une autre resta locale de la sculpture (mais, pour le coup, de la Renaissance), Claude Lullier.

Prêt(e) à céder au chant de la Sirène ? © Fontaines de France.
Comme celle, aujourd’hui disparue, de la fontaine Saint-Quentin. Mazophile (on a du vocabulaire, hein…), notre Claude Lullier ? Pas vraiment : la Renaissance est friande de ces fontaines dont l’eau coule d’opulentes poitrines féminines. Tu en croises partout ou presque en Europe de ces fontaines dites ubérales (quand on t’écrivait qu’on avait du vocabulaire…), la plus effet waouh étant peut-être la Tugendbrunnen de Nuremberg en Allemagne. Mais si tu en connais d’autres…
Les dames prennent la dame
Même s’il n’y a qu’une dame au creux de cette fontaine, elle est appelée « des Dames » parce que nichée à un angle de mur d’un élégant bâtiment qui, avant de devenir préfecture, abritait les prières des Dames de l’Immaculée Conception. Revenons-en à la sirène de la fontaine. Inutile d’essayer de la chouraver, c’est une copie de 1998, l’original est sous alarme au Musée du Temps. Pur Renaissance donc l’original de Lullier, conçu à l’origine pour la fontaine construite au cœur de la cour du palais Granvelle, rasée au début du XVIIIe. Si la sirène de Lullier est donc restée à Besançon, il te faudra faire la queue devant le Louvre pour découvrir la statue de marbre blanc de Jupiter dont Louis XIV avait agrémenté cette désormais disparue fontaine du palais Granvelle.
F.P.C.
✪ Fontaine des Dames : 8, rue Charles-Nodier (La Boucle). Accès : plein de lignes de bus, 21 et 23 puis de 81 à 86 (mais sans le 84 !), arrêt Nodier.






