Besançon abrite la plus vieille pharmacie classée monument historique de France (hors Paris) encore ouverte. Difficile donc de ne pas y consacrer quelques lignes. Sans en glisser une ou deux autres sur l’apothicairerie de la Maison Victor Hugo. Sinon, que ce n’est pas dans celle là que tu vas trouver des médocs…
Certes, ce n’est pas la plus vieille pharmacie de France, installée, elle, face à la Cathédrale de Strasbourg depuis…1298. Mais cette pharmacie du Cerf d’Or (puis du Cerf tout court) n’en est plus une depuis 2000… Certes, ce n’est pas non plus la plus vieille officine de Besançon : le titre revient à la pharmacie Jacques (dites souvent maison Baratte du nom de famille de son créateur, l’apothicaire Joseph Baratte). Une apothicairerie Baratte qui a retrouvé sa place au rez-de-chaussée de la maison natale de Victor Hugo après moult péripéties : d’abord installée en 1754, au 170 Grande-Rue, la boutique devient en 1800 la pharmacie Maire, puis en 1859, Jacques (on l’a dit) jusqu’à ce que siffle la fin du jeu en 1909.

Un décompte d’apothicaire. © Jean-Charles Sexe/Ville de Besançon.
Mais les propriétaires successifs ont eut l’intelligente idée de conserver l’ensemble (boiseries comme pots de faïence) dans leurs états d’origine. Ce qui attise la convoitise des collectionneurs. L’ensemble (heureusement, rien n’a été dispersé) se vend et se revend donc à plusieurs amateurs de vieilles choses (dont la famille Singer, ouais, celle des machines à coudre) avant d’être acheté au milieu des Fifties par un millionnaire américain qui, un peu mécène sur les bords, l’offre à la ville de Nice qui expose cette apothicairerie, successivement, dans deux de ses musées. Jusque dans les années 2000, quand Besançon deale (juste quelques toiles de l’époque de la Maison de Savoie qui trainaient dans les réserves du musée en monnaie d’échange) avec Nice pour récupérer l’ensemble, réinstallé pile pour l’inauguration en 2013 du musée consacré à l’engagement politique de l’écrivain (etc, etc) Victor Hugo dans sa maison natale.

Cette photo là juste parce qu’on vit depuis longtemps une histoire d’amour avec le thym et qu’on en profite pour remercier la Pharmacie Moderne d’avoir conservé ces tiroirs. © La Cédille.
Toutefois, la plus vieille pharmacie de la ville a encore ouvrir sa porte (à l’ancienne, forcément, la porte) est installée au 7, rue Morand. Hormis quelques (discrets) meubles en Novopan® et les packagings des médocs d’aujourd’hui, c’est une machine à remonter le temps cette pharmacie. Ouais, on sait, vu l’époque et l’inchangée déco, le nom peut aujourd’hui prêter à sourire. Mais, sous le plafond à moulures qui soutient un imposant lustre, entre boiseries, tiroirs ornés de plaques émaillées, vieux pots de faïence et les bustes de sommités scientifiques historiques, l’endroit offre une plongée au milieu du XIXe siècle.

Prêtons serment. © La Cédille.
Cette pharmacie ouverte depuis 1868 est d’ailleurs la plus vieille (si l’on oublie Paris), classée monument historique, a toujours accueillir clientes et clients. Parce qui si la Pharmacie du Parc à Vichy n’a pas touché à un centimètre de son décor, elle n’a ouvert qu’en 1900 et la pharmacie du Vieil Annecy (elle s’appelait autrefois Picon mais on ne sait pas si on y servait des bières…) posée là depuis 1880 à un intérieur des plus modernes (seule la façade rappelle son passé). La Pharmacie Moderne est donc classée monument historique, même si l’équipe qui l’anime avec le sourire semble loin de l’être.
F.P.C.
✪ Pharmacie Barratte : 140, Grand Rue (La Boucle). Elle se visite de temps en temps et sous certaines conditions, clique sur le site de la maison du Victor pour en savoir plus : https://maisonvictorhugo.besancon.fr/. Accès : bus lignes 3, 4, 6 et 10 ou B1 B2, arrêt Victor Hugo.
✪ Pharmacie Moderne : 7, rue Morand (La Boucle). https://pharmaciemoderne-besancon.fr/. Accès : bus ligne 87, arrêt Saint-Amour. Ou 3, 4, 6, 10 et B1 et 2, arrêt Poste.






