VAUBAN DEBOUT 6/7
Un quai qui porte aujourd’hui le nom d’un architecte qui souhaitait y construire tout à fait autre chose. Et qui en a porté bien d’autres. Sauf de celui qui en a dessiné les plans…
Le quai Vauban est sûrement l’un des lieux les plus photogéniques de Besançon, l’un de ceux dont les clichés chargent à qui mieux mieux la mémoire des Smartphones des touristes et autres étudiant(e)s au C.L.A. comme des boitiers des photographes pros comme amateurs. Mais ironie de l’histoire, ce quai qui porte aujourd’hui son nom, Vauban n’en voulait pas. Mais alors vraiment pas. L’architecte qui écrivait se persuader « avec raison que toutes ces parties de Besançon jointes ensemble feront un composé de fortification qui n’aura pas son pareil en Europe » aurait franchement souhaité planter ici encore quelques casemates et autres tours bastionnées. Il n’aura droit qu’à une, tout au bout du quai, en aval du Doubs. Parce que les riverains du quai soutenus par la commune n’était pas franchement ok donc le projet de Vauban retoqué.

Le quai Vauban d’il y a quelques décennies. Qui servait de parking. On préfère les terrasses. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
L’actuel quai Vauban n’a donc pas été construit sur les plans de Vauban, mais sur ceux, un petite décennie après que le célèbre architecte ait laissé sa marque à Besançon, par un Robelin qui lui, n’a pas vraiment laissé son nom dans l’histoire, même s’il était tout autant branché architecture militaire. Un affront que Vauban n’a jamais digéré, envoyant, rancunier des courriers incendiaires (« apprenez à mieux vivre ») à Isaac Robelin qui pourtant était le fils d’un de ses plus proches collaborateurs. Isaac, avec un petit coup de main du cousin Charles Robelin (bien dans le trip « je construis des fortifications » lui aussi), édifie donc à partir de 1691 et en une poignée d’années, cette enfilade d’immeubles et d’arcades, d’une harmonie juste pas assez parfaite pour qu’elle soit remarquable. Pour la petite histoire, les bâtiments en amont du pont Battant (secteur le plus calme du quai) portent des numéros impairs, les bâtiments en aval (où s’étalent les terrasses de restos-bistrots), des numéros pairs.

Grilles à l’espagnole au long du quai. © La Cédille.
Et pour en finir avec les anecdotes (et toujours cette histoire d’amont et d’aval), jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le quai Vauban était divisé en quatre parties : en amont du pont Battant, il s’appelait dans sa première partie quai des Boucheries puis du Saint-Esprit, en aval, quai Pointu puis des Cordeliers. Sous la Révolution, ce quai a pris le nom de deux personnalités jacobines de l’époque : le controversé (assassiné même) maire d’Étampes, Jacques Guillaume Simonneau et le très radical Louis-Joseph Charlier dont l’histoire ferait bien de se souvenir un peu plus : féministe (incompris…) bien avant l’heure, instigateur (en 1793, donc bien avant Jules Ferry) de l’enseignement gratuit, laïque et obligatoire. Enfin, aujourd’hui le quai s’appelle Vauban et non Charlier…
F.P.C.
✪ Le quai Vauban : quai Vauban, ben tiens… (La Boucle). Accès : bus ligne 8, arrêt Battant ou tram lignes 1 ou 2 arrêt Battant ou Révolution.






