Glissons les pieds sous la table d’un des plus vieux restos de la ville, dans la même famille depuis 1959 : le Poker d’As. Une adresse où la tradition à du bon.
Difficile de ne pas l’écrire comme un peu tous ou presque les guides gastro qui ont référencé l’adresse : Le Poker d’As est une institution locale. Une table bien comme il faut derrière une enseigne qui nous évoque pourtant (laisse nous à notre délire…) celle du bar d’un quartier un peu louche dans une Série Noire publiée dans les années 1950. Presque pile sa décennie au Poker d’As : les premières assiettes ont été servies en 1959. Quand, étudiant, on passait devant au sortir d’un bus des Monts Jura et de leur gare routière un brin Art Déco, on n’avait ni les moyens ni l’envie d’en pousser la porte : le Poker d’As évoquait trop ces adresses un peu coincées du Haut-Doubs où, gamin, nous trainaient presque de force les grands-parents, ces restos des agapes familiales endimanchées et des repas d’affaires encravatés.

Y’a même casseroles et poêles de cuivre dans le décor. © Le Poker d’As.
On l’a pourtant poussé cette porte (y’a pas de terrasse) plus tard, pour raisons professionnelles mais sans regret. Parce que voilà une table dans la même famille (Ferreux) depuis son ouverture et qui dans l’assiette propose une cuisine un pied dans la grande tradition (avec d’immuables recettes comme le ris de veau), l’autre dans le terroir (poulet fermier au vin jaune et aux morilles sauvages, au hasard) et un service juste impeccable, dans la grande tradition lui aussi. Les produits sont frais, très souvent locaux, joliment travaillés, avec un discret twist d’aujourd’hui. Certes, ce n’est pas donné, mais le menu du déjeuner coute moins cher que certains plats uniques dans un de ces bars qui se targuent de cuisiner à quelques rues de là. Certes la salle n’a pas été signée par un designer et balade un peu le convive entre Suisse et Autriche avec ses tables de bois sculpté et sa collec de cloches de vaches. Certes (et après, on arrête avec les certes, promis) le tout est un peu bourgeois : d’ailleurs, la première adresse ouverte à ce coin de rue, à deux pas du square Saint-Amour, quelque part au début du XXe siècle sous l’enseigne du Café du Caprice annonçait « pension bourgeoise »… Mais on ne sait… Derrière les lambris façon tavaillons des hauts (Doubs, Jura) de la façade ou entre ceux de la salle et son vrai-faux tuyé, on trouve, parfois sinon souvent, cette adresse rassurante…
F.P.C.
✪ Le Poker d’As : 14, rue du Clos Saint-Amour (La Boucle). https://www.lepokerdas.fr/ . Accès : bus ligne 87, arrêt Saint-Amour ou 10, 11 et 12, arrêt centre Saint-Pierre.






