Éclaté le Fonds Régional d’Art Contemporain. Pas au sens péjoratif que la jeunesse d’aujourd’hui a collé au mot mais au sens propre : parce qu’au delà d’un superbe lieu où plusieurs expositions annuelles mettent en avant la création contemporaine régionale, le F.R.A.C. est plutôt nomade, balade ses collections entre musées internationaux et villages de Haute-Saône.
D.R.A.C, S.M.A.C., F.R.A.C. … Les fonctionnaires de la culture semblent kiffer les acronymes en A.C.. Donc allons y pour F.R.A.C.. F.R.A.C. qui comme sa voisine de l’autre rive du Doubs, la S.M.A.C. (enfin tout le monde dit la Rodia, non ?) ne se contente pas d’être abrité par un étonnant bâtiment contemporain (signé, lui, du prestigieux architecte japonais Kengo Kuma), ni d’organiser des événements mais transporte la culture dans toute (ou presque) la région Franche-Comté (que les Bourguignons ne tirent pas la tronche, on les oublie sur ce coup là, même s’il disposent également d’un F.R.A.C.).

En chemin vers l’art contemporain (sans comme Jack, raser les murs). © Nicolas Waltefaugle.
Les F.R.A.C. ont été créés par Jack Lang (qui, même s’il doit raser les murs depuis les révélations de ses entourloupes avec Epstein, a quand même fait beaucoup-beaucoup pour le développement de la culture en France) et Claude Mollard (un peu le papa de Beaubourg pour situer le gars) en 1982. La région Franche-Comté s’empare de l’initiative dans la foulée en installant la même année le Fonds Régional d’Art Contemporain dans le musée des Beaux-Arts de Dole.
De Dole à Besac en passant par le Japon
Jusqu’au déménagement à Besac en 2005, puis l’installation définitive en 2013, sur la rive du Doubs dans l’étonnant bâtiment conçu par (donc -si tu a suivi jusqu’ici- l’architecte Kengo Kuma), autour d’un ancien entrepôt de briques (il en reste quelques hauts murs…) des années 1930, vrai pôle culturel de fait puisque sous le vocable générale de Cité des Arts, il abrite également le Conservatoire (à rayonnement régional, lui aussi) de Musique.

Une expo d’avant. © Blaise Asillon.
L’idée qui germe dès 1981 dans les cerveaux de Jack Lang et Claude Mollard est de pousser à l’extrême la décentralisation artistique notamment en ce qui concerne l’art contemporain en misant, non pas sur des musées déjà bien installés, mais sur les talents émergents. Avec une autre idée, autour de lieux dédiés, faire circuler l’art contemporain (« démocratisation culturelle » s’appelait alors cette politique là), en finançant l’achat d’œuvres de jeunes artistes méconnus sinon inconnus et de les exposer un peu partout.

Parce que ce dessin fait partie de la collec du F.R.A.C., parce qu’on est ultra fans de Pettibon. Et parce qu’on est a fond dans le sexisme donc qu’on sait qu’on va faire plein de clics avec un dessin d’une meuf à moitié à oilpé. © Raymond Pettitbon.
C’est toujours la mission du F.R.A.C. de Besac. Certes, il y a, pour une bonne moitié de la Cité des Arts, un lieu unique qui accueille de régulières expositions, conférences…. Mais la collection du F.R.A.C. se balade dans toute la France comme à l’international. Largement plus de 600 œuvres avec des noms qui devraient parler même à celles et ceux qui n’en ont rien à foutre de l’art contemporain : Christian Boltansky, Yan Pein Ming, Xavier Veilhan ou tiens, puisqu’on est à deux pas de chez les rockers du Bastion, quelques dessins de Raymond Petittbon, le mec qui a signé toutes ou presque les pochettes de Black Flag en plus, entre autres, de quelques unes de Sonic Youth.
La culture en nature
Et cette collection est également nomade en Franche-Comté, s’exposant dans des lieux pas nécessairement liés à la culture, entre écoles primaires et hôpitaux. D’autant plus depuis 2015, et l’aménagement du Satellite, un camion de 20 mètres cubes aménagé par l’architecte-designer Mathieu Herbelin en espace d’exposition mobile. Ou, en 2025, l’ouverture de La Villa / Frac Collection, à Arc-lès-Gray.

En croisant –fort !- les doigts pour que les F.R.A.C. ne se retrouvent pas dans un Monde Renversé, intitulé de la toute nouvelle exposition de la bisontine Nina Laisné. © Nina Laisné.
Lors de la première cohabitation en 1986, les F.R.A.C. ont flippé. Parce que parmi les proches de Chirac, certains n’auraient pas été contre dégager ces drôles de structures. Mais rien n’a, heureusement, bougé. Reste toutefois, aujourd’hui, l’extrême danger de … l’extrême droite. Parce que, tiens, juste un exemple : pour avoir visité le musée d’art de Toulon (largement ouvert à la création contemporaine dès 1979) avant et après que le Front National ne s’empare de la ville, on a pu constater que la superbe collection contemporaine de ce musée qui oscillait entre Minimalisme, École de Nice, Figuration Libre et on en passe, a vite disparu des cimaises, remplacée par des croûtes (mais provençales, hein, ces croûtes). Donc, si tu es fan d’art contemporain (sinon d’art tout court), vote.
F.P.C.
✪ Fonds Régional d’Art Contemporain (F.R.A.C.) : 2, passage des Arts (ou 12, avenue Arthur Gaulard.). https://www.frac-franche-comte.fr/fr. Accès : bus ligne 11, arrêt Cité des Arts.






