Après une foultitude de petits boulots pour faire bouffer la famille, Jacky Schwartzmann a décidé de ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Pour dans plusieurs de ses bouquins choisir comme décor sa ville natale. Et pour, avec ses comédies noires, nous faire sourire de tout qu’il nous reste de dents. On a croisé dans une librairie, son Kasso enrobé d’un bandeau : « le king de l’humour noir désopilant ! » et le critique littéraire de Paris Match qui a signé le truc a visé juste.
Avouons. D’emblée. Le mec avait déjà six bouquins à son actif (dont pas mal de polars, genre dont a tendance à faire des piles sur notre table de nuit), quand on l’a découvert. Grâce à Laurent Chalumeau -Chalu pour les intimes- dont on lit tout ce qu’il écrit depuis ses remarquables papiers dans le Rock’n’Folk de la grande époque. Un Chalumeau qui a du glisser un mot sur le talent du bonhomme à son pote De Caunes pour qu’il invite Jacky Schwartzmann à s’installer dans un fauteuil de la (défunte) émission Popopop sur France Inter. Avant le générique de fin, le poste était déjà éteint et le chemin pris jusqu’à la plus proche librairie pour claquer quelques thunes dans l’achat de Kasso.

© Éditions Le Seuil (sorry, pas trouvé le nom du graphiste…).
Et z’ont eut une bonne idée les Chalumeau-De Caunes parce qu’on s’est, dès les premières pages, emballés à suivre les pérégrinations du héros-escroc de Kasso à travers Besançon (ses bars surtout…),ville où Jacky Schwartzmann est né au cœur de l’été 1972. Pour le coup, on s’est mis à faire nos Chalu-Tonio en évoquant, entre deux verres aux comptoirs ou deux bouchées de repas improvisés chez des potes, Kasso et son auteur. S’offrant, soit-dit en passant, quelques flottants instants de honte : « Comment ? Tu ne connaissais pas ? ». Enfin, la phrase qui revenait le plus souvent était « Jacky ? J’étais en cours avec lui à Pasteur ». Ce qui, sous ses Ray-Ban®, ouvre un large sourire chez Jacky Schwartzmann rencontré à la terrasse d’un bistrot posée à une traversée de la place où s’alignent les rayonnages d’une de ses librairies de prédilection : « le lycée Pasteur, avec mes trois redoublements, j’y connais forcément plus de gens que les autres ! ».
Planoise aller-retour
Mais les chaises et tables de Pasteur auraient pu être celles du lycée Victor Hugo à Planoise. Parce que partie de son enfance et de son adolescence, Jacky Schwartzmann les a -parents divorcés, garde alternée, histoire connue par pas mal de mômes de la fin des Seventies, début des Eighties…- vécues entre le centre-Besac et cette nouvelle ville sortie de terre à la fin des Sixties, Planoise. Après le lycée, passage -à l’écouter, pas franchement concluant…- par la fac de philo. Ensuite, le jeune adulte éprouve un léger « ras de bol de connaître un peu tout le monde à Besançon ». Et, surtout, trouve la possibilité d’un taf dont il a réellement besoin, comme libraire, à Lyon. Jacky Schwartzmann quitte donc Besac pour, comme il l’imagine vaguement, juste une poignée de mois. L’exil se compte finalement plus en décennies et en une foule de boulots alimentaires comme on dit, « chiants et sous payés » pour Jacky Schwartzmann.
De drôles de personnages
La liste de ces jobs remplirait facile un de ses bouquins, entre responsable de salle dans une brasserie à touristes de la rue Mercière à Lyon et un truc genre « assistant de chantier » chez Alstom à Villeurbanne. D’ailleurs, pas mal de ses collègues de cette époque passée semblent se retrouver dans ses bouquins. Parce qu’on a du mal à croire que les aussi délirantes qu’hilarantes directives du service « Environnement, Hygiène et Sécurité » de Stop Work, première B.D. dont il signe le scénario en 2020 ne soient le fruit que de son imagination.

© Éditions Dargaud.
Parce que Jacky Schwartzmann se cogne des boulots à la con mais il écrit, quitte à se lever à cinq du mat pour se poser devant son clavier avant d’embaucher. Jacky écrit d’ailleurs depuis toujours ou presque, dès l’école primaire en tous cas : « si je n’ai jamais été vraiment bon à l’école, j’ai toujours eu des supers notes en rédaction ». Surtout sans sujet imposé, parce qu’inventer des histoires, c’était (et c’est toujours) son truc à Jacky. S’il préfère oublier son premier ouvrage publié (Bad Trip en 2009), « mal distribué », le nom de Schwartzmann commence à circuler, son écriture à se faire connaître, jusqu’à une signature aux prestigieuses éditions du Seuil puis le carton de Kasso, suivi de celui de Shit.

De Planoise à Marseille. Shit en vacances sur l’archipel du Frioul. © Chris.
Deux polars inspirés par Besançon, ville où finalement, après avoir (un peu boosté par sa femme) lâché les boulots à la con pour devenir vraiment écrivain, Jacky a, à nouveau, choisi de vivre en famille. Besançon où ce mec pourtant fasciné par les (très) grandes villes et qui entre rencontres avec ses maisons d’édition et ses lectrices-lecteurs dans un paquet d’événements littéraires, donc toujours entre deux T.G.V., prend toujours plaisir à revenir : « je me fais mon shoot d’exotisme et je suis content de retrouver cette ville, tiens, juste, parce que Besançon, c’est vert ». Besançon d’où démarre (sur les roues d’un fauteuil…roulant), son dernier roman Killing Me Soflty. Et tiens, le Jacky nous a avoué être tellement fan de Lauryn Hill et des Fugees qu’on a même pas osé la ramener en précisant, comme ça en passant, que ce titre était une reprise d’une chanson de Roberta Flack. Qui déjà était une cover. Mais on va arrêter là, sinon on en rajoute dans les digressions, comme Jacky Schwartzmann sait le faire dans ses romans. Le genre de trucs qu’on aime d’ailleurs vraiment bien chez cet écrivain : comme celle, justement, de digression sur le Rastafarisme dans le dernier paru, Killing me Softly.
F.P.C.
LES SEPT LIEUX DE JACKY SCHWARTZMANN
– Le terrain de foot entre la rue de Dijon et la Rue d’Artois : « Une bonne partie de mon enfance ». Improvisé, on l’imagine comme ça, ce terrain de foot, dans un espace vert entre deux blocs de Planoise d’où débarquaient les potes de Jacky pour, tous ensemble, taper dans le ballon.
–Le Chemin des Loups : 6, rue Gustave-Courbet. Bar rock mythique de Besac (le non moins mythique groupe, les Dee Dees lui avait d’ailleurs consacré une chanson). « J’ai adoré ce bar » puise Jacky dans ses souvenirs, « dommage, il a fermé juste quand je venais d’avoir 18 ans ». Hasard ou jolie coïncidence, le lieu abrite aujourd’hui la librairie de ses ami(e)s de la librairie Réservoir Books.

© La Cédille.
– Chez Barika : 18, rue de la Madeleine. Parce que les racines de la famille de Jacky plongent aussi du côté de la Madeleine : sa mère vivait rue du même nom, son père rue de Vignier. Et sa grand-mère connaissait Barika depuis toujours ou presque mais conseillait au petit fils (même si elle estimait monsieur Barika des plus « respectable ») de ne pas trop fréquenter ce bar à la clientèle où payait qui pouvait. Ce qui n’a pas empêché le Jacky étudiant d’y passer « des heures et des heures ».
– La chapelle du lycée Pasteur : choix purement « laïque » tient à préciser Jacky : « c’est juste là que j’ai pris mes premiers cours de théâtre et joué du vaudeville », entre Obaldia et Feydeau…

La chapelle en question, vue de l’extérieur (donc pas de vaudeville). © Racines Comtoises
– La passerelle de la Malate : depuis deux ans, faute de temps, Jacky ne court plus trop mais ce pont-passerelle faisait partie de son itinéraire quotidien. Puisqu’on en est la rubrique « running » comme on dit aujourd’hui, l’écrivain a écrit un fascinant (enfin, on trouve) bouquin Pyongyang 1071 après sa participation à l’un des plus improbables marathons du monde (si tu n’es pas hyper balaise en géopolitique, Pyongyang, c’est la capitale de la Corée du Nord, une des pires –pourtant, il y a de la concurrence…- dictature du monde).
– Quelque part au long de la rue des Boucheries. Premier appart d’étudiant de Jacky Schwartzmann. L’entrée se faisait quai Vauban mais les fenêtres donnaient sur la rue des Boucheries (enfin, un peu sur la place de la Révolution aussi). On ne file pas l’adresse exacte parce que s’il y a sûrement prescription (mais peut-être encore des voisins rancuniers) à entendre l’écrivain, l’endroit est « très, très vite », devenu quelque chose comme un « bar clandestin avec deux ans de teufs non stop ». N’empêche que d’après ses bios officielles, il a quand même un DEUG de Philo en poche (mais on ne l’a pas fouillé…).

Quelque part au long de la rue des Boucheries, donc… © La Cédille.
– La rue Gabriel Plançon : dans cette discrète rue d’un quartier pavillonnaire qui grimpe doucement de la City vers les défunts 408, pas sûr que tu y passes autrement que par hasard (sinon pour faire trois-quatre emplettes dans l’adorable supérette Chez Nathalie). Mais c’est le quartier (dans un pavillon, justement) de la petite enfance de Jacky, donc…






