ANTOINE PERRENOT DE GRANVELLE : PRESQUE MAITRE D’HÔTEL
L’histoire, a priori, pas trop connue du troisième palais Granvelle (si tu as suivi l’histoire depuis le début), un hôtel particulier construit à la fin du XVIe siècle pour Antoine Perrenot de Granvelle mais qu’il n’a jamais habité, ni même jamais vu…
La petite (longue en fait…) histoire de l’hôtel de Montmartin, édifice dont beaucoup en le frôlant au long du trottoir doivent penser qu’il a été construit en même temps -soit entre la fin du XVIIIe siècle et le début du suivant- que l’hôpital Saint-Jacques. Alors qu’en fait, pas du tout. Une grosse partie du patrimoine architectural local qui aurait pu s’appeler hôtel de Granvelle (et ça aurait rimé) mais a conservé le nom de la tour médiévale détruite en 1581 pour permettre la construction de cet hôtel particulier pour Antoine Perrenot de Granvelle. Un « beau et singulier édifice » que souhaite l’alors archevêque de Besançon mais dont il suit les travaux depuis … Madrid.
Quand ça veut pas, ça veut pas
C’est un architecte bisontin qui s’y colle, Richard Maire, qui a déjà joliment bossé (jeux de mots un peu référencé mais jette un œil à la façade côté Grande-Rue de l’ancien hôtel de ville et tu comprendras…) au relooking de la mairie. En 1583, les murs de l’hôtel (de Montmartin donc) commencent à s’élever sur des fondations posées sur pilotis. Mais à l’automne 1584, petit caprice, Antoine de Granvelle exige un deuxième étage, pas trop-trop prévu sur les plans. Négociations. Longues… Et, manque de bol, un automne plus tard, l’architecte meurt. Son fils Jean Maire le remplace et à l’été 1586, le deal pour la construction du deuxième étage est conclu. Mais manque de bol bis, Antoine Perrenot de Granvelle grimpe vers le paradis le 21 septembre 1586…

L’hôtel de Montmartin croqué par Gaston Coindre. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Les travaux sont loin d’être achevés et le dernier descendant masculin de la famille des Perrenot de Granvelle qui en hérite, Thomas-François d’Oiselay, même s’il est prince du Saint-Empire romain germanique semble avoir quelques problèmes de thunes puisque l’hôtel de Montmartin est vendu en 1618 à la municipalité de Besançon.
Naturellement construit en pierre de Chailluz, cet hôtel particulier s’avère finalement, ne serait-ce que comparé au palais Granvelle, d’une vraie sobriété architecturale. Ce qui s’explique : Montmartin a subi de multiples travaux, notamment en 1911, quand disparaissent les typiquement Renaissance meneaux et croisillons des fenêtres du premier étage…
L’effet des miroirs
Et l’édifice a changé plusieurs fois d’affectations : académie d’équitation d’abord puis, au long du XVIIe, logement de fonction du gouverneur militaire de la province. Premier d’une série de fonctionnaires qui semblent trouver le lieu à leur goût mais pas plus que ça : l’hôtel de Montmartin est donc maintes fois réaménagé, s’accompagne d’un jardin, d’écuries et de remises. Même chose au XVIIIe siècle : le corps de logis de l’hôtel de Montmartin gagne une aile à gauche de la cour d’honneur, le portail est dressé. Et pour la déco intérieure, certains gouverneurs font eux aussi des caprices comme, en 1741, le duc de Lorges (et de Randan…) qui fait modifier toutes les cheminées et acheminer depuis Paris dix miroirs tailles XXL.

L’hôtel de Montmartin de (presque) aujourd’hui. © Toufik de Planoise.
Pour la suite de l’histoire : les sœurs du Sacré-Cœur deviennent en 1823 propriétaires des lieux où elles créent un pensionnat qui accueillent des jeunes filles jusqu’en 1907 quand l’hôpital Saint-Jacques achète l’ancien hôtel particulier pour y installer une maternité. Après le déménagement de cette maternité, en 1973 et dans l’aujourd’hui rasé bâtiment appelé La Mère et l’Enfant dont toutes celles et tous ceux qui y sont né(e)s resterons définitivement nostalgiques, l’hôtel de Montmartin accueille l’administration de l’hôpital jusqu’au transfert à Minjoz.
Aujourd’hui, puisqu’une bonne moitié de l’ancien hôpital Saint-Jacques est en travaux pour la construction de la Grande Bibliothèque, on s’interroge sur un des points du programme de Ludovic Fagaut : « prévoir l’installation de la mairie dans l’ancien hôpital Saint-Jacques ». Serait-ce à dire que le nouveau maire de Besançon se verrait bien aménager son bureau dans l’ancien hôtel particulier d’un grand d’Europe ? Classe, non ?
F.P.C.
✪ Hôtel de Montmartin : 12, rue de l’Orme-de-Chamars (La Boucle). Accès : tram lignes 1 et 2, arrêt Chamars ; bus, lignes 4, 6, 9 et 10, arrêt Chamars Esplanade. Ne se visite, évidemment pas…






