UNE FORÊT QUI A FAIT CARRIÈRES
Première de nos trois balades (façon cours d’économie et d’histoire-géo pour aujourd’hui), dans la plus grande des forêts bisontines.
Étagée entre 300 et 620 mètres d’altitude, la forêt de Chailluz est, avec ses 1700 (à la louche) hectares, la plus vaste des forêts bisontines. Enfin c’est Louis XV qui en a fixé les limites vers 1720, avec quelques bornes, inévitablement sculptées de fleurs de lys, pour que Besançon arrête de s’embrouiller avec les voisins de Tallenay, Châtillon-le-Duc et École-Valentin pour savoir à qui appartenait vraiment cette forêt.
Auprès de moins d’arbres
Qui, du coup, côté Besac, reste la plus ancienne forêt communale puisque des historiens en ont trouvé trace dans des écrits du XIe siècle sous le nom de Chalots, puis sous celui de Chaillu au milieu du XIVe.

En 1575, les feuillus de Chailluz frôlaient les eaux du Doubs. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Un Moyen Âge où cette forêt descendait au minimum, côté Besac, jusqu’à l’actuel quartier des Cras sinon jusqu’au Doubs. Mais puisque, dès le XIIIe, les locaux avait le droit d’y abattre des arbres, les feuillus de Chailluz ont revu leurs ambitions à la baisse. Et l’expansion urbaine de l’après Seconde guerre mondiale, le tracé de l’autoroute et on en passe ont encore grignoté quelques hectares de la forêt de Chailluz.
Des cailloux dont on a fait des bijoux
Une forêt dont le nom pose (enfin nous pose là, juste quand on écrit ces lignes) problème : il semblerait que Chailluz vienne de chaille, nom d’une pierre dont on ne te donnera pas le nom scientifique (juste un brin compliqué à orthographier). Mais dont on peut t’écrire qu’elle a été, comme le silex, taillée pour servir d’outil par l’Homme dès le Paléolithique. Mais est-ce la chaille qui a donné son nom à la forêt, où la forêt qui a donné son nom à la pierre, là, on sèche…

Inutile de faire les présentations, non ? © D.R.
Quoi qu’il en soit, la pierre de Chailluz, à Besançon tout le monde est censé la connaître puisque elle habille les murs de tout ou presque le centre-ville, de La Boucle à Battant, depuis que les édiles locaux ont, suite à moult incendies, interdit les constructions en bois. Dès le XIVe siècle, des ouvriers ont travaillé à extraire cette fameuse pierre de Chailluz, bicolore (beige-ocre et bleu-gris) dans de nombreuses carrières : une cinquantaine jusqu’à ce que le filon s’épuise, vraisemblablement quelque part au cours du XVIIe siècle.

Nouveau gymnase Diderot : ça sent le sapin de Chailluz. © Ville de Besançon.
Carrières dont aujourd’hui, la nature ayant repris ses droits, nous n’avons et ce n’est pas faute de s’y balader trouvé aucune trace. Et aujourd’hui, ce n’est plus la pierre mais le bois qui est exploité à Chailluz, notamment les résineux, plantés dans la forêt au cours des années 1960 et qui en couvrent aujourd’hui quelques 80 hectares. D’ailleurs, pour la petite histoire, la charpente du récent gymnase Diderot a été façonnée à partir de sapins de la forêt de Chailluz.
F.P.C.





