LA MADELEINE 3/5
À la rencontre d’un personnage auquel (on sait pas, une impression comme ça), plus grand monde ne fait gaffe et pourtant il est perché depuis le XVe siècle au moins : le Jacquemard de la tour gauche (ou sud, c’est toi qui voit dans une ville où gauche semble devenu un gros mot …) de la Madeleine.
Le Jaquemart, ce n’est pas seulement le nom d’un tabac-presse avec sa terrasse pause café posée face à l’église. D’ailleurs, beaucoup dans le quartier qui doivent même complètement ignorer qu’il s’appelle ainsi ce bureau de tabac là, poussent désormais depuis une poignée d’années tout simplement la porte de « chez Toufik (et Jamila) ». Mais ce commerce un peu historique du quartier tire son nom de celui d’un personnage encore plus historique. Un drôle de bonhomme assis depuis le XVe siècle sur une cloche de bois, tout en haut de la tour gauche de l’église de la Madeleine.
Volé à Courtrai ?
S’en trouvent un peu partout en Europe, des Jacquemarts. Dont, donc, un à Besançon où franchement désolés, mais on ne sait, puisque l’orthographe varie selon les lieux, si son nom doit s’écrire avec un D ou un T final, si l’on conserve le C avant le Q… Pour l’enseigne évoquée quelques lignes plus haut, le problème semble réglé, mais pour certains spécialistes de La Madeleine, c’est un D à la fin. De fait, personne ne connaît vraiment l’étymologie de ce nom, les interprétations divergent largement. Pour le Jacquemard (ouaip, on a décidé, comme ça, d’un coup de l’écrire ainsi, tradition locale oblige) de Besançon, il semblerait que son nom dérive de celui de Jacques Marc, horloger flamand concepteur d’un automate carillonneur pour le beffroi de Courtrai, ville aujourd’hui belge à deux lieues de Lille.

Le Jacquemard d’avant une des ses (nombreuses) restaurations. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Automate, un peu (heu, comment l’écrire…) emprunté, sinon volé, au XIVe siècle à Courtrai par le duc de Bourgogne, Philippe II (a.k.a. le Hardi) qui le fait installer sur une des tours de l’église Notre-Dame à Dijon. D’ailleurs, encore une raison pour les Bisontin(e)s de faire une petite crise de jalousie : à la différence de Besançon, dans la capitale bourguignonne, Jacquemart a une copine, Jacqueline ; un couple autour duquel, s’est, au fil des siècles, constituée une petite famille avec deux enfants, Jacquelinette et Jacquelinet.
Dijon vs Besançon, one more time, encore une fois
Alors, le Jacquemard de Besançon, copie de celui de Dijon ? Issu des mains du même horloger ? Honnêtement, on ne sait… Un truc dont on est (à peu près…) sûrs c’est qu’il est installé tout en haut de la Madeleine depuis la fin du XVe siècle. Les archives municipales en font mention, une première fois en 1622, quand il s’agit de remplacer un automate vieillissant : c’est un sculpteur du nom d’Antoine Millet venu du village de Fertans qui s’y colle. La Madeleine tombant en ruines, le Jacquemard descend de son perchoir en 1745 et attend dans un coin un peu glauque de retrouver sa place en 1752. Ensuite, l’automate est régulièrement descendu de sa tour pour se refaire une beauté. Enfin, dans tout Battant, l’expression populaire veut qu’on « fasse pisser le Jacquemard». Chacun de ses retours en haut de la tour est l’occasion d’une procession en fanfare (à tous les sens du terme).

Quand, au XXe siècle, après avoir fait le malin à la Foire Comtoise, le Jacquemard a repris des couleurs. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Mais la rénovation de 1828 énerve toutefois un brin les Bousbots puisque le Jacquemard a été relooké : gants verts et culotte grise en lieu et place des couleurs trads de Besac, rouge, jaune et noire (couleurs qu’il retrouve toutefois en 1865). En 1977, le Jacquemard, à nouveau tout fringant, est une des stars de la Foire Comtoise. Rénové pour la dernière fois en 1997, le Jacquemard de la Madeleine n’est pas redescendu pour « pisser » depuis. Et, même si l’automate et sa cloche frôlent les deux mètres, il faut de bons yeux sinon une bonne paire de jumelles pour remarquer que son costume est hérissé de petites pointes métalliques pour éviter que les pigeons ne le prennent pour perchoir. Et qu’un chasseur ne lui colle pas une balle en plein cœur alors qu’il visait justement un pigeon…
F.P.C.
✪ Église Sainte-Madeleine : 1 bis, rue de la Madeleine (Madeleine-Battant). Accès : bus ligne 8, arrêt Battant ou tram lignes 1 et 2, arrêt Battant. Pour le Jacquemard, levez les yeux !





