LA MADELEINE, UNE FILLE À HISTOIRES 2/5
Quand on a décidé de faire une série sur l’église de la Madeleine, c’est bien évidemment parce qu’elle méritait plusieurs chapitres (et qu’on a bien pris conscience que les textes longs, ça passe de moins en moins bien, surtout en ligne…). Enfin, voilà un deuxième chapitre (donc), juste sur l’extérieur. Et encore (attention teaser !) on n’y parle pas du Jacquemard…
On vous a raconté dans un précédent article que nombre de touristes prenaient la Madeleine pour la cathédrale de Besac. Et c’est -honte à nous…- justement un plus que cool couple de touristes qui nous a fait remarquer qu’en façade, la statue de Jésus semblait faire un doigt d’honneur au passant… C’est, a priori, un geste de bénédiction mais, là, clairement, ambiguïté il y a… L’autre statue nichée dans la façade de cette église (et ni de l’une, ni de l’autre nous ne connaissons l’auteur) est évidemment celle de Marie Madeleine, personnage ambigu, elle aussi.

Marie Madeleine ne démolit pas la façade. © GO69
Exégètes comme théologiens, catholiques comme protestants et orthodoxes, s’écharpent encore un peu aujourd’hui (mais gentiment, hein) sur qui était vraiment cette Marie Madeleine à laquelle l’église de Battant est dédiée. Une inscription latine de la façade semblent pencher du côté de la version de la « pécheresse repentie ». Parce que tu ne te trimballes pas nécessairement, rue de la Madeleine, avec sous le bras un aussi vieux qu’épais dictionnaire Gaffiot (dico latin-français d’ailleurs -parce qu’on aime autant les parenthèses que les apartés et les tirets- créé par un Franc-Comtois, né à Liesle et publié dans les années 1930, alors que Félix Gaffiot, en rupture de Sorbonne était doyen de la fac de Lettres de Besançon), on te traduit la citation latine qui surmonte, soulignée par un ange en bas-relief, un des portails latéraux : « ses nombreux péchés lui sont pardonnés parce qu’elle a beaucoup aimé ».
Paroles d’évangiles
La phrase est extraite d’un des quatre « évangiles canoniques », celui de Luc. Ce même apôtre qui semble faire, dans ce même évangile, du personnage de Marie Madeleine, une prostituée repentie. Beaucoup aimé ? Jésus, de sûr, si l’on en croit ces même évangiles (celui de Marc, pour le coup) : surplombant le second portail latéral, une autre inscription latine annonce que «ressuscité, Jésus apparut d’abord à Marie Madeleine ». Mais ce « elle a beaucoup aimé » gravé dans la pierre peut avoir un double sens (ouais, on sait, on a mauvais esprit) à l’orée d’un quartier à l’époque de la reconstruction de la Madeleine, plutôt connu pour ses bordels (appelons les choses par leur nom) …

Une tour qui se reconnaît dans son reflet. © La Cédille.
Donc, Marie Madeleine est statufiée avec le Christ sur cette haute façade. D’un néo-classicisme très XIXe siècle, la façade. À notre goût, presque trop classique avec ces deux niveaux qui se contentent d’étager colonnes doriques puis ioniques et ces deux tours qui aux clochers à l’impérial typiquement comtois ont préféré des toits plats, histoire de rester dans le mood (enfin, il semblerait d’après un vrai spécialiste de l’histoire locale que c’est plutôt pour une histoire de manque de thunes…). Mais on l’aime bien quand même bien cette église, vue de l’extérieur. Pour ces trois horloges dont pas une n’est capable depuis des années de donner l’heure exacte (ce qui la fout un peu mal pour une ville qui se revendique capitale de l’horlogerie…). Pour son toit, à la bourguignonne, avec tuiles polychromes, immanquable dès le pont Battant et étincelant dès que le soleil est de la partie et que l’on prend un peu de hauteur dans le quartier (faut écrire qu’il a entièrement été rénové en 1997).

Que la lumière soit. © La Cédille.
Et franchement, s’ils n’éclairent plus grand chose, on a parfois (peut-être parce qu’on sort d’un bar du quartier et qu’on voit double…), en longeant les quatre candélabres qui jalonnent le perron de la Madeleine, l’impression d’avoir pris un billet express pour Paris et de s’y balader au long du pont Alexandre III. Candélabres signés d’un Bisontin de naissance qui s’appelait (pour le coup, c’était de circonstance puisqu’il était bien en cour à Paris ) Pierre-Adrien Pâris, auquel on doit – entre autres, dans la capitale- le célèbre hôtel de Crillon, place de la Concorde. Bon, le Pierre-Adrien a un peu piqué la forme de ces candélabres à un dessin de Michel-Ange. Mais ils ont été moulés, en 1863, dans la fonte et dans le dernier atelier du genre à avoir existé à Besançon. Enfin pas trop-trop loin si l’on croit la signature « Ch. Dégoumois et Cie, à la Butte près Besançon ».

Le perron d’avant Ludo. © Nico Miot.
Sinon, si le perron de la Madeleine, dans l’an 1 avant L.-F., était cher aux zonards, les marches servent aujourd’hui d’aire de repos aux uber exploités livreurs à vélo. Et si au milieu, pas de souci, sur les bords, la Madeleine craint un peu. Circulez, y’a rien à voir, côté rue d’Arène. Côté rue de l’École, y’a du mieux, du beaucoup mieux même avec, à l’angle de la rue de l’École, le surprenant -complétement collé à une église…- bâtiment Art nouveau des anciens Bains Douches de Battant et, quelque pas plus loin (passé, hum, l’urinoir public) quelques légendaires (à tous les sens du terme) pierres gravées de l’époque romaine et des anciennes arènes et ce trage aujourd’hui, comme la plupart en ville, fermé par des grilles qui s’appelait la rue des Morts. Tout simplement parce qu’était autrefois, à l’arrière de la Madeleine, installé un cimetière.
F.P.C.
✪ Église Sainte-Madeleine : 1 bis, rue de la Madeleine (Madeleine-Battant). Accès : bus ligne 8, arrêt Battant ou tram lignes 1 et 2, arrêt Battant.






