Un nouvel (enfin pas si nouveau que ça) arrêté municipal interdit la baignade dans le Doubs à Besançon. Les arguments ? Dangerosité pour cause de pollution, d’écluses, de barrages et de courants… Pas faux, les tragiques événements récents le prouvent. Pourtant, il existe pas mal d’endroits où légalement se baigner dans des fleuves comme dans le Doubs, entre sa source et Besac. L’occasion donc de se poser la question de pourquoi pas à Besançon.
La question, on se l’était posée y’a un moment déjà en longeant -à pied évidemment, via Micaud- le Doubs en chemin vers La Rodia. Pourquoi est-il interdit par arrêté municipal de se baigner dans le Doubs depuis, au moins, les années 1970 ? On a fouillé les archives mais sans trouver ni date, ni raisons exactes. En tous, cas Anne Vignot avait confirmé le truc en 2022 et Ludovic Fagaut vient de le (re) faire. Chemin faisant, le souvenir nous était revenu de Bâle dont pas mal d’habitant(e)s partent au boulot en traversant le Rhin à la nage. Un fleuve, donc avec pas mal de courant, dans une ville qui abrite un paquet d’usines chimiques et pharmaceutiques et le plus gros port fluvial de Suisse où, logiquement, « le risque de collision avec une embarcation est réel » comme l’énonce le dernier arrêté municipal bisontin, est peut-être un chouia plus… réel, justement…

Allez au boulot ! Et à la nage (les fringues sont à l’abri dans de drôles de bouées étanches), un truc à voir (sinon à vivre). © Office de tourisme de Bâle.
On avait également pensé à Paris, qui OK, a bénéficié de l’effet J.O. mais qui vient récemment d’ouvrir -outre La Villette- à la baignade partie du canal Saint-Martin au cœur d’un des quartiers les plus festifs de la ville. Au pied de l’escalier de la Rodia, on en était juste arrivé à cette réflexion toute con (on pensait qu’on en avait hérité d’une de nos grands-mères mais il paraît que c’est de Napoléon, le 1er) : « quand on veut, on peut »… S’agit juste d’un choix politique (économique, écologique…). De n’importe quel bord politique (sans jeux de mots même si l’on évoque une rivière) puisque donc Anne Vignot avait signé pareil arrêté en 2022 et quelques municipalités d’obédience socialiste auparavant…

À Paris, en maillot, on dépasse les autos. © Ville de Paris.
Mais la question continuait à nous trotter dans la tête. Et on a commencé à la creuser un peu, à égarer entre deux carnets quelques notes éparses dont, en bon procrastinateur, on s’était persuadé qu’elles feraient bien un jour un article. Jusqu’à ce post Facebook du 27 mai dernier du compte officiel de la ville de Besançon dont on ne te file que le début : « nous rappelons qu’à Besançon comme dans tout le département du Doubs, la baignade est interdite en dehors des zones aménagées et surveillées ». On sait que ce n’est pas Ludovic Fagaut qui a écrit ces lignes là, mais il est derrière, et ce Département, il est censé -puisqu’il en est un des vice-présidents- le connaître, « par cœur, comme Besançon » (il nous avait lâché ça en interview…). Sauf que ce post est tout simplement mensonger.
Puisons aux sources
Pour te le prouver, La Cédille est remonté jusqu’à la source du Doubs. Source qui ressemble en ce moment plus à un filet d’eau mais dont le Doubs encore ruisseau au long du val de Mouthe continuer à alimenter le lac de Remoray où effectivement existe une plage surveillée puis celui de Saint-Point : sur la poignée de plages de ce superbe lac où la baignade est autorisée, une seule est surveillée. Donc premier mensonge du post de la ville. À peine en aval, à Oye-et-Pallet, on peut également se baigner dans le Doubs, sur une plage aménagée mais non surveillée (seconde contre-vérité du post de la ville de Besançon…).
Y’a le feu au lac que côté français
On oublie ensuite le défilé d’Entreroches entre Pontarlier et Morteau où le Doubs a déjà pratiquement disparu, pour pousser jusqu’au lac de Chaillexon. Lac qui -puisque le Doubs s’assèche de jours en jours- n’en a plus que le nom mais qui nous pose -ah zut, encore…- question : parce que sur la rive française (à Villers…le Lac) la baignade est interdite, mais côté suisse, le village des Brenets a aménagé une plage (pas franchement surveillée)… Dans la partie suisse du Doubs, la baignade est tout aussi possible d’ailleurs à deux pas du mignonnet village médiéval de Saint-Ursanne. Donc, au risque de se répéter, le choix est clairement politique. Nos voisins helvètes (le pays du « propre en ordre ») semblent ne pas avoir la même conception du récent mais vite devenu célèbre principe de précaution.

La plage des Brenets (mais faudra prendre ta bagnole-et ton passeport…) parce qu’interdit de traverser le lac à la nage depuis la côte française. © Neuchâtel Tourisme.
On continue à descendre le cours du Doubs pour revenir en France à la plage de Pont-de-Roide-Vermondans où l’on peut se baigner dans le Doubs mais qui, faute de trouver un maître-nageur-sauveteur, n’est plus surveillée. Forcément à quelques kilomètres d’une Suisse où le moindre bled a une piscine, un lac ou un plan d’eau et où pour ce genre de boulot le salaire est multiplié au minimum par deux… Ensuite, de Montbé (où y’a la base de Brognard, ancienne gravière et surveillée) à Besançon, interdiction effectivement de te baigner dans le Doubs. Même si l’office de tourisme de Baume-les-Dames t’incite gentiment, pour te rafraichir, à aller te tremper les pieds dans le ruisseau du Cusancin…

Super spot pour une plage, non ? © Apple Maps.
Maintenant qu’on a tenté de dégoupiller un peu la com de la mairie, la question (toujours la même…) reste en suspens : pourquoi pas de plage aménagée et surveillée à Besançon. La Gare d’eau ferait un spot idéal, non ? D’autant qu’elle appartient au Département (dont un des vice-présidents est….) ce qui pourrait laisser penser à des financements croisés. Notre niveau en maths est catastrophique depuis l’école primaire, mais on s’est livré à un rapide calcul : entre l’achat de quelques trucs flottants de couleur pour délimiter un espace safe, une ou deux chaises très hautes (comme dans Alerte à Malibu, ouais) et le salaire de deux-trois maitres nageurs sauveteurs saisonniers (désolé les filles, on a pas trop le féminin parce que maitresses-nageuses, on sait pas, mais l’expression sonne bizarre), le coût des analyses de l’eau de baignade, on doit être, le temps d’une saison, pour une plage aménagée et surveillée autour des 20/30 % du nouveau budget alloué au fleurissement de la ville … Ce qui ne devrait pas bousiller les finances d’une équipe qui dans son programme de campagne affirme vouloir « faire vivre les rives du Doubs » ou quelque chose dans cet esprit là.

Besançon-Plage (y’a longtemps). © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Sauf que contrairement à ce que Ludovic Fagaut a répondu au collectif Baignade Critique qui milite pour la baignade dans le Doubs, il n’est dans ce programme nullement question de plages, mais de guinguettes et autres trucs du genre. Bon, lors de la dernière réunion du Conseil Départemental, Ludovic Faugaut s’est déclaré prêt à « étudier la question » notamment à la Gare d’Eau (rappelons, par équité, que l’équipe municipale précédente avait déjà un peu bossé sur le dossier). Bien.
Dangereux, ok. Pourquoi donc pas limiter au max le danger ?
Par que une (sinon deux-trois) plage(s) pourraient éviter les tragiques évènements de ces derniers jours. Et malheureusement d’autres qui pourraient advenir dans les semaines, mois qui viennent parce que de La Malate à Avanne-Aveney, tu croises pas mal de Bisontin(e)s dans les eaux du Doubs… Et qu’à moins de centupler le nombre de policiers municipaux, va pas être facile de coller un uniforme derrière chaque maillot de bain. Donc plusieurs plages sécurisées au long de la boucle du Doubs ressemblent à une excellente idée. Parce que, ouais, on le sait, rivières comme torrents, lacs ou étangs peuvent s’avérer très dangereux : juste pour avoir, post confinement, échappé de très-très peu à la noyade (on ne se baignait même pas, on traversait un gué a priori sécurisé dans les gorges du Doubs). Donc, ouais on le sait.

Pollué le Doubs à Besac ? Vraisemblablement mais difficile d’obtenir des chiffres… © Signaclic.
Enfin, la toute première phrase de cet arrêté nous interroge pas mal aussi : « considérant que les bains de rivière sur le territoire de la commune constituent un danger pour les personnes en raison des risques de pollution de l’eau ». Ah bon, le Doubs est pollué ? Sauf quand y plongent, dans le cadre des Grandes Heures Nature, des sportifs (ouais, mais ils portaient des combinaisons, hein…). D’après le Site Départemental de l’Eau (sur la carte de leur page Internet ne figure pas Besançon : doit pas y avoir de stations de captage, on sait pas, bizarre…), la qualité de l’eau du Doubs se situe, un peu partout, entre moyen et médiocre. Infos confirmées en amont par les Suisses de Pro Natura. Et bon, ça fait des années que les assos comme SOS Loue-Rivières Comtoise et les fédés de pêche alertent sur l’état plus qu’alarmant des cours d’eau du département du Doubs. Là, encore, il y a peut-être, les politiques, quelques courageuses décisions à prendre. Au risque de se fâcher avec la copine L.R. Annie Genevard et partie de la filière Comté. Mais puisque, au cours de cet article on est devenu pote avec Napoléon, permettons nous de compléter sa citation : « Quand on veut, on peut. Quand on peut, on doit ».
F.P.C.






