On y guinchait au XIXe siècle. On s’y léchait les doigts de dégoulinants chocolats entre deux films au début du XXe. Et depuis les Seventies, on se laisse séduire autant par la programmation théâtrale que par l’ambiance du lieu.
Plongeons dans le XIXe siècle, un temps où la bonne société venait prendre les eaux à Besançon. Même si cette histoire thermale a été de courte durée, la ville nous en a laissé quelques jolis vestiges. Notamment, au long d’un de ces axes routiers dont l’intense et permanente circulation a tendance à quelque peu nous taper sur les nerfs. Mais, heureusement, un peu planqués derrière les bosquets et floraisons de jolis jardins s’alignent les souvenirs de Besançon-les-Bains : l’ancien Hôtel des Bains (devenu chicos résidence pour « seniors » comme on écrit aujourd’hui pour ne pas balancer « vieux »), le casino où tu peux toujours claquer ton pognon et son croquignolet voisin aujourd’hui appelé Nouveau Théâtre de Besançon mais qui, à l’époque, servait de salle des fêtes au Casino évoqué deux (peut-être trois…) lignes plus haut. La plaque est d’ailleurs toujours là…

Entre Art nouveau et Art déco, le hall d’entrée de la salle des fêtes du Casino. © Mémoire Vive.
Fin 1912, la salle des fêtes du Casino (évoquée cette fois, au moins quatre lignes et une photo plus haut) projette des films sous l’enseigne Ciné-Excelsior. Pour la petite histoire, le ciné appartient à la chocolaterie Poulain qui, innovante question marketing, avait investi juste avant la Première guerre mondiale dans une bonne centaine de salles, de l’Angleterre à l’Égypte. Y’avait même des bons de réducs pour une séance planqués entre deux carrés de chocolat Poulain. Et « bonbons, caramels, esquimaux, chocolats ! » proposait l’ouvreuse à l’entracte. OK, c’est une réf de boomer mais si tu as maté à la télé La Dernière Séance de Monsieur Eddy, tu dois à peu près saisir de quoi il s’agit. OK, seconde réf de Boomer, promis, là on arrête et, au prochain article, on essaye de caser quelques lyrics de Théodora…
Une salle beaucoup moins chocolat
Ensuite, honnêtement (et ce n’est pas faute d’avoir épluché quelques poussiéreuses pages d’archives), on ne sait pas trop ce que devient le lieu, sinon qu’à l’orée des années 1970 (sous un des mandats de Jean Minjoz, donc), s’installe la compagnie André Mairal dans ce qui s’appelle désormais (le titre est un peu ronflant), Centre théâtral de Franche-Comté, labellisé une poignée d’années plus tard par le Ministère de la Culture « Centre Dramatique National ». Suivront une poignée de directeurs (et une directrice) dont le regretté Denis Llorca. Jusqu’en 2024, quand Tommy Milliot prend ses marques dans ce lieu qu’il décide de baptiser Nouveau Théâtre de Besançon. Enfin de le rebaptiser. Mais, pareil, pas faute d’avoir fouillé mais pas trouvé trace d’un nouveau théâtre à Besançon mais comme existait déjà Ledoux, pourquoi pas.

Quand le N.T.B. fait portes (et scène) ouvertes. © Nouveau Théâtre de Besançon.
Un Nouveau Théâtre où chaque saison, des metteurs en scène viennent proposer et/ou créer et répetér leurs spectacles. Un Nouveau Théâtre qui se veut (on les cite) « ouvert aux écritures contemporaines comme aux textes du répertoire » et « accessible à tous ». D’ailleurs le N.T.B (Nouveau Théâtre de Besançon, tu as suivi ?) est, tout autant qu’un théâtre, un vrai lieu de vie où l’expérience d’un spectacle se précède ou se prolonge autour d’un verre ou de quelques trucs pour caler l’appétit. Au comptoir ou autour de longues tablées, façon auberge d’autrefois, la bonne occas pour échanger tes impressions autour de ce que tu viens de vivre, croiser les artistes descendu(e)s de scène sinon rencontrer l’équipe du (Nouveau) Théâtre. Une équipe qui organise également de tout aussi conviviaux « Jours de Fête » dans les jardins et sur l’esplanade qui précéde la jolie bâtisse XIXe et qui a pris le nom de Jean-Luc Lagarce, un mec qu’on regrette aussi. Beaucoup.
F.P.C.
✪ Nouveau Théâtre : 2, avenue Édouard Droz (Chaprais). https://ntbesancon.fr/. Accès : tram, lignes 1 et 2, arrêt Micaud ; bus : Lignes 4, 6, 11 et 12, arrêt Denfert Rochereau ou 5, arrêt Diderot.






