L’hier, l’aujourd’hui (et, qui sait, le futur) de La Rodia, S.M.A.C. de Besançon dont tu as sûrement déjà foulé terrasse comme salle ou club mais dont tu ignores peut-être (sinon sûrement) toutes les autres missions, hors prog de concerts.
Depuis le début de l’année 2011, La Rodia fait partie du paysage. Physiquement. Avec cet immanquable bâtiment contemporain construit sur pilotis (hé, le Doubs est parfois ici capricieux et le terrain inondable), projet du cabinet d’architectes strasbourgeois, Denu, Paradon et Associés qui affiche un joli palmarès question (entre autres) lieux culturels. Devant leurs tables à dessins, ces architectes se sont permis quelques clins d’œil : à la Citadelle d’en face comme au passé industriel du site : la Rodia tire évidemment son nom de l’ancienne et célèbre usine textile Rhodiacéta dont elle occupe une friche après l’abandon du site en 1981.

En prime, une des plus belles vues sur la Citadelle. © Denu, Paradon & Associés.
Depuis le début de l’année 2011, La Rodia fait également partie intégrante du paysage culturel de la ville. Avant ? Il s’est passé, entre la fin des Eighties et celle de la décennie suivante quelques temps avant que Besançon décide d’offrir une salle digne de ce nom aux groupes (de rock’n’roll, entre autres musiques amplifiées) et à leurs publics. Les vieux de la vieille se souviennent évidemment encore aujourd’hui des années 1980, de La Péniche de Jacqueline à Tarragnoz, des assos qui organisaient des concerts d’anthologie dans les cinémas d’antan Lux ou Montjoye.

Quand La Rodia rendait hommage au Montjoye. © D.R.
À la toute fin des années 1990, hormis au cœur de quelques bars, la ville vibre moins de décibels. Mais quelques purs et durs de cette fin d’une décennie un peu molle inventent une nouvelle aventure en grimpant la côte jusqu’à Larnod où, sous les voûtes de pierres d’une cave à l’ancienne, s’ouvre en 1997, Le Cylindre. Concerts d’anthologie, là encore. Mais si tu es étudiant(e) et que tu n’as pas de bagnole, Larnod, c’est pas la porte à côté. Enfin, le public se débrouille plutôt bien pour faire tourner Le Cylindre dont nous reste, entre autres souvenirs, un set de Justice dont on ne savait plus si c’était l’humidité des vieilles pierres ou la sueur qui dégoulinaient des voûtes.

Quand ça riffait fort (le groupe de black métal Antaeus pour le coup) sous les voûtes du Cylindre. © Dr Jabuse
Jusqu’à ce que le candidat à la mairie Jean-Louis Fousseret (qui ne portait pas vraiment de Perfecto au quotidien mais qui, auparavant adjoint à la Culture, avait quand même permis au Bastion de se, quelque peu, structurer) annonce dans son programme de campagne la construction d’une S.M.A.C. (Scène de Musiques Actuelles). On n’est pas trop fans de l’acronyme mais bon, on fait au passage un gros smack à cette S.M.A.C. de Besac (une S.M.A.C. on the water puisqu’à La Cédille, on n’en est pas à un jeu de mot foireux de plus). Élu maire, Fousseret tient promesse et des liens se nouent entre la municipalité et l’équipe qui anime Le Cylindre, mais qui ne veut pas lâcher la proie pour l’ombre.

Nashville Pussy, premier concert (payant !) de La Rodia, début février 2011. © Samuel Coulon.
Négociations donc un peu tendues mais qui aboutissent : l’équipe du Cylindre débarque à la Rodia dont le noyau dur, Manou Comby (musicien et organisateur de longue date de concerts notamment dans la disparue cave du C.L.A.), Marion Lontananza (à la tête de tellement d’assos et de sociétés avec lesquelles il montait concerts et tournées qu’on a renoncé à en tenir le compte) et Tico (qui, pareil, a vécu mille vies : bassiste, disquaire, commercial pour des labels underground…), programmateur toujours en place alors que les deux autres ont choisi d’utiliser leurs points retraite. L’équipe de l’époque débarque dans des locaux un peu vides, l’ouverture se fait un peu à l’arrache, mais La Rodia accueille, quand même, pour son premier concert payant, les déjantés Nashville Pussy. Labellisée en 2014 par le Ministère de la Culture, rénovée et agrandie depuis, aujourd’hui dirigée par le toujours souriant David Demange (transfuge de La Cartonnerie à Reims ou du Moloco à Audincourt), La Rodia, continue son boulot de S.M.A.C..

Une des (nombreuses) conférences organisées par La Rodia . © Pascal Froment/PixScenes
Parce que si tu connais sûrement sinon forcément la grande salle, le club, le vaste hall et son très long comptoir sinon la terrasse (une des plus chouettes de Besac), tu ignores peut-être tout le boulot que l’équipe se cogne hors ses murs au fil de l’année. Par exemple, le cycle de conférences autour des musiques actuelles de la Rodiathèque en partenariat avec les médiathèques et autres bibliothèques du Grand Besançon.
Étonnants, étonnantes sinon détonants, détonantes
Sinon, La Rodia facilite aussi les rencontres entre groupes locaux et collégiens et lycéens de ce même Grand Besançon qui ouvrent la perspective à d’étonnants (et gratuits) concerts. Propose d’autres collabs tout aussi étonnantes avec des artistes internationaux en résidence (Une Semaine Avec) qui nouent des liens avec une scène locale des plus variée, se produisent dans des lieux où on ne s’attendait pas à les entendre. Et il y a aussi les Insolites, la participation à l’événement Musiciennes à Besançon, les Escales sur la terrasse dès que l’été s’annonce sur le calendrier… Et, évidemment, dès que Besançon commence à sentir que c’est vraiment l’automne, l’organisation du festival Détonation qui, à l’écoute de la programmation de l’année dernière, pourrait bien devenir quelque chose comme nos Transmu’ à nous.
Les portes du pénitencier s’ouvrent à La Rodia
Et encore moins connu est le versant social de La Rodia avec les concerts organisés à la prison de la Butte comme au C.H.U., les liens tissés avec la boutique Jeanne Antide ou les minots des Clairs-So. Et on en passe… La Rodia s’est également, et depuis pas mal de temps déjà, engagée dans une démarche éco responsable. Enfin bref… Tout ça donne pas mal envie d’y glisser une oreille, non ? Et un billet aussi. D’autant que le financement public des structures culturelles s’avère aujourd’hui un brin problématique …
F.P.C.
✪ La Rodia : 4, avenue de Chardonnet (Les Prés de Vaux). https://larodia.com/. Accès : bus ligne 12, arrêt Port Joint.






