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« JE NE SUIS PAS LE MERCENAIRE D’UN PARTI MOI »

Eh oui, beaucoup de gens, moi compris, se posent la question : qui peut voter pour un vieux con comme moi ? Quels moitié d’abrutis peuvent choisir un type qui fait à peine campagne ? De toutes façons, peu importe, j’y retournerai.

Jean-Claude Joyeux dans les années 1990. © D.R.

Parfait. Une bonne idée. Des voitures. En respect avec les piétons. Attention, de vraies bagnoles, hein, pas des voitures électriques. Ouais, le plan est intéressant. Ca me plait. Cela dit, mollo. Pour le réaliser, il va falloir refaire la tête des gens. Question d’éducation. Attendons voir. Lisez L’Est répugnant. Qui sait quoique ce soit sur ce plan, en vérité ?

Laissez tomber Nachin. Il se déplace toujours en voiture. Il n’y a qu’à la mairie qu’il se rende, enfin, se rendait à pied.

Revitaliser ! Je regrette. Les gens n’ont plus la tête aux marchés. Je les ai fait pendant des années, les marchés, on n’y trouve plus que des vieux. Les jeunes prennent leur putain de bagnole et vont faire le plein à l’hyper ! Parce qu’on y trouve tout. Ca me fait rire, tous ces plans de réaménagement à la noix. Ils vont nous faire une super galerie comme à Nancy et personne n’y foutra jamais les pieds. On ne restructure pas sans l’adhésion des gens. Le marché, ce n’est pas une structure, c’est le quartier du marché avec sa quincaillerie, sa droguerie, ses petits commerçants ; c’est le camelot et sa grande gueule ; ce sont les petites vieilles et leurs soucis de santé. On met la charrue avant les boeufs.

L’ancien marché couvert à l’époque de cet interview. © Archives Ville de Besançon.

Complètement débile. Le marché c’est le marché, et le ciné le ciné. Elles s’en fout complètement, la petite vieille, du Plazza. Elle va chercher ses deux kilos d’orange et ses blettes, basta ! Quant au petit jeune, je le vois mal aller voir “Mad Max” avec son kilo de blettes. D’ailleurs, les blettes, il y a longtemps qu’il ne sait plus que ça existe ! Non, ce n’est qu’une histoire de thunes. Le Plazza apporte la thune, on l’utilise. Quant à la revitalisation, laissez-moi rire !

Ah oui, c’est près de chez moi, là… Si ça va désengorger la ville ? Je veux croire que oui. Les mecs qui viennent de Lons pour aller à Pontarlier, ou le contraire… ouais, si on veut. Ca doit représenter 20% du trafic, tous les riverains qui se transbahutent d’un bout à l’autre de la ville. Quant aux Hollandais ou aux Allemands qui vont dans le Midi… Laissez moi rire ! Ah, il y a les Suisses… Bon, mollo, ne soyons pas trop pessimistes. Cela provoquera un désengorgement de proximité. Reste à savoir si l’investissement en valait la chandelle…

Un téléphérique ? Connaît pas. Un téléphérique pour quoi faire ? C’est drôle, je suis un futur élu et je ne sais pas de quoi il retourne. Une gare de départ ? Pourquoi, ils veulent monter une station de ski à la Citadelle, ou quoi ? Ben ouais, le touriste hollandais ou parisien, s’il voit « gare de départ » et « téléphérique », il prend ses skis sur le dos et il se prend pour Killy, non ? Un téléphérique à Besançon, qui peut comprendre ça ?

Le projet, imaginé en 1994, perdurait en 2020 et perdure toujours… © Port-Citadelle.

On peut dire qu’elle est belle. Ce qui n’est pas franchement le cas de la City ! Une chambre de Commerce digne des “mille et une nuits”, alors qu’il n’y a plus de commerce ? Qui va payer ? Mais les hypers ! Les grosses structures s’offrent de bonnes grosses chambres de commerce. Pendant ce temps là, les petits commerces crèvent de la faute de ces mêmes hypers de la périphérie. Et en plus, ils nous collent ça sous le nez ! Ça fait 23 ans que je suis inscrit à la Chambre de Commerce et je n’ai encore jamais reçu d’invitation à débattre. Ouais, je n’ai jamais pu profiter des traiteurs convoqués par les bons soins de M. Michel. Pendant que les huiles s’offrent la nouvelle Chambre de Commerce, toi, le petit commerçant, tu crèves !

Le commerçant vit au jour le jour. Si le fric ne rentre pas pendant quinze jours, il est cuit. Les taxes se moquent de leurs états d’âme et des grèves. Voilà pourquoi le petit commerçant voit d’un mauvais oeil le fonctionnaire, ce vassal du pouvoir. Il n’a pas la sécurité de l’emploi, lui. Avant 1789, il y avait des serfs, des vassaux et un roi. Le roi, c’est l’État, le serf, c’est le petit commerçant. Et à ses yeux le fonctionnaire est un vassal privilégié. Quant aux banques, c’est scandaleux. Quand on voit le Crédit Lyonnais -renfloué à coups de milliards par l’État- s’en foutre pour un million de francs de travaux, en ville, imité par la Caisse d’Épargne ou par le CIAL, et qu’elles refusent de prêter aux commerçants et aux petites entreprises, c’est de l’ordre de l’escroquerie et du détournement de fonds publics !

Le premier hypermarché construit à Besançon en 1970. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.

Si vous me le dites… N’empêche que le Conseil Régional n’a rien à foutre en ville. Je préférerais que ses locaux soient occupés par des mômes qui jouent du piano, qui font du théâtre ou par un éditeur. Pourquoi ces Conseils ne s’installent-ils pas à vingt-cinq kilomètres de Besançon, en pleine région ou en plein département ? Le neuf, ça coûte moins cher que le restauré. Je les verrais bien à côté de Châteaufarine, moi. Ça éviterait à la petite vieille du coin d’être emmerdée par les six flics qui surveillent les huiles dès que s’y tient une réunion.

Pas idiot. Mais les prétextes pour dilapider l’argent du contribuable seraient plus difficiles à trouver. En plus, ils font le contraire, sous l’instigation des maires, on va se retrouver avec des Grands Districts. La droite, la gauche, en dépit de leurs fausses chicanes, s’entendent comme cochons (sic) en foire. Leurs chamailleries ne sont bonnes que pour les élections. Un peu de démago ne fait jamais de mal. Le seul vrai responsable de la vie publique, à mon avis, doit être la mairie, les mairies. L’État doit être le père et les municipalités ses enfants. Cela nous ferait faire l’économie des fameux jetons de présence à 500, 800, 1300 francs, vous savez, ces dessous-de-table autorisés qu’on refile au copain du conseil qui s’en va couper les rubans et inaugurer les chrysanthèmes !

Le vrai problème est qu’ils sont les représentants de partis. Que leurs campagnes sont remboursées d’office. Qu’ils sont les porte-parole de grands groupes de pression. J’ai envie de voter pour des hommes, pas pour des étiquettes et des politiques. Ces gens brassent notre vie au quotidien, ça mérite qu’on les emmerde un peu.

Une ville, ça se gère comme gère une ménagère. Si tu as cent francs dans ton gousset, tu n’as pas cent vingt. Maintenant, la question est : est-ce que la ménagère nous dit tout ? Est-ce qu’elle n’a pas acheté une paire de bottes en douce ? Ça fait vingt ans qu’on nous chie dans les bottes avec ce genre d’arguments. Et comme 90% des électeurs sont des ânes, ça risque de durer un bout de temps. Prenez l’exemple de Girard qui est le député de Planoise. Non mais je rêve. Qu’est-ce qu’il en sait, Girard, de Planoise ? Il se fait ses aller-et-retour Paris-Besançon-Lausanne, et basta ! C’est le directeur du Centre Social qu’il faut élire ! le président d’association, l’habitant éclairé : pas Girard ou son rival !

La piscine Lafayette en construction. © Jean-Paul Tupin/Mémoire Vive/Ville de Besançon.

J’étais sur la liste écolo parce que j’estime que l’homme est le plus fragile des animaux. Cela dit, lorsqu’on craque deux millions de dollars pour sauver deux baleines au fin fond de l’Alaska, je tousse. L’écologie, c’est pas la rue piétonnière, c’est pas le vélo, ce ne sont pas les grands arbres. Nous faisons partie de la matière vivante de la vie, nous les humains, avec toutes nos imperfections. Voir qu’un sénateur ou un député touchent 14 000 F de rente à vie pour peu qu’il ait été cinq ans à son poste, c’est ça qui me révolte, moi ! Où est passé 1789 ? Il faut recommencer ?

Un : j’ai deux enfants, mes mobiles sont clairs. Deux : je veux que ça change. Ça ne me rapporte pas, ça me coûte ! Ça me coûte du fric, des vacances, des conflits, des problèmes familiaux. Tant pis ! Je vais crever, je vais me battre, dénoncer. Pouvoir dénoncer, c’est énorme. Je ne suis pas le mercenaire d’un grand parti, moi. Mes campagnes m’ont coûté trois ans de vacances. Mais j’y arriverai, là haut ! Et le jour où j’y suis, ce sera un bonheur ! Vous pouvez être sûr que rien de ce qui se passe dans les couloirs ne restera à l’ombre ! Enfin, si la presse joue le jeu. Parce que les filtres, en matière de presse, ça n’est pas de la tarte !

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