LA CATHÉDRALE 3/3
Dernier acte de notre balade dans la cathédrale. Ouais, on sait, on a, au fil de ces trois articles, oublié de te parler de plein de trucs, mais pour le coup, là, on te liste les sept passages obligés de Saint-Jean. Et peut-être qu’on y reviendra pour t’en révéler quelques plus discrètes curiosités.
LE RONDELET FERRY
Influent personnage du XVIe siècle, Ferry Carondelet, conseiller de l’empereur Maximilien puis de la princesse Marguerite d’Autriche, entre autres prestigieuses fonctions. En 1511, le Ferry (comme on dit dans le Haut-Doubs) devient abbé commendataire (pour faire simple, il s’occupe de la partie business) de la puissante abbaye de Montbenoît, ensemble architectural qui lui doit pas mal de sa magnificence d’aujourd’hui. Pas mal non plus son tombeau dans la cathédrale Saint-Jean (dont il a été chanoine) sculpté par Pieter Buyens autour de 1540 (donc Renaissance).

Ferry avant de partir pour le grand sommeil. © Michel Schenier
Dans la partie supérieure, Ferry Carondelet semble, joue reposant sur la main, bien parti pour une tranquille petite sieste d’après agapes (rondelet d’ailleurs le Carondelet). La partie inférieure avec un transi (sculpture représentant un corps en cours de décomposition…) est un peu moins bonhomme. Sinon, pour en découvrir le (sinon les) détail(s) prépare une pièce de un euro, parce que l’éclairage de la chapelle est payant et l’appareil n’accepte que ce sou là.
UNE POCHE POUR UN LINCEUL
Détruit par l’effondrement du clocher en 1729, le second chœur (roman) de la cathédrale est reconstruit par un architecte bisontin dès 1731. Mais entre 1740 et 1756, son aménagement est confié au parisien Germain Boffrand qui a laissé quelques notables traces dans l’histoire de l’architecture : on lui doit, entre autres, quelques châteaux comme ceux de Lunéville pour le duc Léopold Ier de Lorraine ou d’Haroué pour la famille de Beauvau-Craon. Pour cette abside, Boffrand a, entre marbres polychromes et dorures à souhait, fait dans un baroque qui flirte presque avec le kitsch. Mais l’abside abrite quelques remarquables toiles des XVIIe et XVIIIe siècles notamment une Résurrection du Christ de Charles André Van Loo a.k.a. Carle Van Loo.

La seule toile d’un Van Loo que l’évêché n’avait plus les moyens de se payer. © Pierre Guenat.
Cette star de l’art de l’époque -qui comme son nom ne l’indique pas était Niçois de naissance- devait signer l’ensemble des œuvres de l’abside mais s’était, paraît-il, montré un peu trop gourmand question thune. Ce qui nous vaut aujourd’hui quatre œuvres d’autres artistes : Jean-François de Troy avec, notamment, un Christ au Jardin des Oliviers et Charles-Joseph Natoire avec une spectaculaire Descente de Croix. Cette abside s’appelle du Saint-Suaire puisqu’elle a abrité à partir de 1760 un des deux linceuls du Christ existants (selon la Bible…). On ne sait par quel mystère ce Saint-Suaire là est apparu à Besançon mais, en tous cas, on est sûr qu’il a attiré des foules de pèlerins avant que les Révolutionnaires ne découpent en morceau cette (on les cite) « guenille d’une saleté répugnante ».
MIGNONNE, ALLONS VOIR LA ROSE (DE SAINT-JEAN)
Désormais posée après s’être pas mal baladée dans la cathédrale dans une des chapelles latérales côté nord (logiquement aujourd’hui baptisée du nom de Rose de Saint-Jean ), c’est une des « merveilles » de la cathédrale. Même si archéologues et historiens s’écharpent encore sur l’origine de cette pierre d’autel. Est-ce un original du IVe siècle ou une copie du XIe siècle, quand cette « rose » a été consacrée par le pape Léon IX ? On ne le saura vraisemblablement jamais.

Unique et atypique. © Duncan Le Cornu.
Mais, appuyée sur un socle de calcaire, cette pierre d’autel est une pièce unique en son genre en France : un cercle de marbre d’un diamètre d’un peu plus d’un mètre, au pourtour creusé de huit lobes (qui évoquent les sept jours de la création plus celui de Pâques) dans lesquels étaient déposés pains et/ou hosties avant d’être consacrés. Au centre, en léger relief, s’affiche le monogramme en lettres grecques du Christ, posé sur un agneau et survolé d’un oiseau dont on ne pourrait pas trop te dire s’il s’agit d’un aigle ou d’une colombe. En revanche, on te traduit l’inscription latine qui fait le tour de la Rose (si tu n’as pas ton Gaffiot sous le bras) : « ce signe montre aux peuples le royaume des cieux ».
SAUVÉE DES EAUX (DU FEU ET D’UN FOU)
Dans la chapelle suivante t’attends un tableau au miraculeux parcours. Même s’il n’est pas signé, les spécialistes l’attribuent au peintre florentin Domenico Cresti dit Le Passignano et le datent de 1630. Commandée par le chanoine haut-saônois Claude Menestrier, la Madone du Passignano embarque pour Besac en 1632. Naufrage au large de Marseille et, premier miracle, la toile réapparait, intacte, après trois jours passés dans les eaux de la Méditerranée.

Les miraculés. © D.R.
De l’épisode, cette Vierge à l’Enfant hérite de son premier surnom : Notre-Dame des Ondes . Son second sera celui de Notre Dame des Jacobins puisque, dès 1633, la toile est accrochée aux murs de l’ancien couvent (des Jacobins, donc) dont seul subsiste le portail, rue Rivotte. Miraculée donc miraculeuse, la Vierge d’origine toscane rejoint la cathédrale Saint-Jean en 1791. Troisième miracle (une copie de la toile avait, chez les Jacobins, survécu à un incendie) en mars 2008, quand le visage de la Madone découpé au cutter par une personne avec quelques problèmes de santé mentale (comme on écrit aujourd’hui) est retrouvé dans une poubelle, juste quelques minutes avant le passage des éboueurs…
LA BELLE (PRESQUE) OUBLIÉE
Dans la chapelle suivante (dite de l’Immaculée Conception) trône une Pietà, sculpture en albâtre réalisée vers 1532 par Conrad Meit qui travaillait alors du ciseau sur les somptueux gisants de l’église du monastère de Brou à Bourg-en-Bresse. Si tu a déjà visité ce monument là, tu as une petite idée du talent de ce sculpteur qui bossait entre Flandres et Germanie (il a d’ailleurs hérité du surnom de « Michel-Ange allemand »).

Pietà du Michel-Ange allemand. © DRAC B.F.C.
Pourtant le petit chef d’œuvre qu’est sa Vierge de Piété (commandée par Marguerite d’Autriche, la tata de Charles Quint) a été longtemps oublié, réinstallé dans la cathédrale en 2024 seulement après toutefois une rigoureuse restauration.
ALORS LÀ, CHAPEAU !
Sauf à vraiment lever la tête, on le remarque à peine, accroché à un fil sous les voûtes du chœur, ce chapeau. Un galero pour être précis, nom italien des coiffes des cardinaux. Puisque Henri Binet, archevêque de Besançon avait été créé (c’est le terme approprié) cardinal par le pape en 1927. Et à la mort d’un cardinal, une vieille coutume voulait qu’on accroche son chapeau (galero donc) à un fil jusqu’à qu’il cède et permette ainsi au défunt de passer du purgatoire au paradis. Comme Monseigneur Binet est décédé en 1936 et que le chapeau pend toujours à son fil près de deux siècles plus tard, on espère juste pour lui que le purgatoire ne ressemble pas à la salle d’attente des urgences d’un hôpital français d’aujourd’hui.
VOUÉE À PLUSIEURS SAINTS
Accrochée à un mur de la nef, La Vierge aux Saints est LE chef d’œuvre de la cathédrale. Une peinture sur bois de 1512, signée d’un des grands noms de la Renaissance florentine, Fra Bartolomeo et commandée par Ferry Carondelet (comme on se retrouve !) d’ailleurs, comme le voulait la tradition de l’époque pour les généreux commanditaires, représenté agenouillé à droite de la toile et aux pieds de Bernard de Citeaux, fondateur de l’ordre monastique des Cisterciens.

Chef d’œuvre, vous avez dit chef d’œuvre. © Direct Média.
Sinon, si tu n’as pas séché le cathé, tu devrais reconnaître quelques uns des saints qui entourent cette Vierge à l’Enfant. Et dans tous les cas, apprécier le talent du peintre avec ces effets de perspective typiques de la Renaissance (technique que, pour la petite histoire, Fra Bartolomeo avait apprise du tout jeune Raphaël…).
F.P.C.
✪ Cathédrale Saint-Jean : 10, rue de la Convention (La Boucle/Saint-Jean). Accès : bus, lignes 3,4,6 et 10, arrêt Victor Hugo. Ouverte tous les jours jusqu’à Pâques de 9 h à 18 h 30 (19 h ensuite jusqu’à la Toussaint). Régulières visites guidées organisées par l’office de tourisme.






