Il a coulé pas mal d’eau sous le pont de la Mouillère depuis les débuts de la brasserie Gangloff. Cette marque de bière bisontine affiche (c’est le cas de l’écrire…) une histoire vieille de plusieurs siècles. Histoire qui se poursuit toujours, de « suprême » manière, aujourd’hui.
Jean Gangloff avait ce qu’on appelle aujourd’hui le sens du marketing. Quand ce brasseur Lorrain d’origine rachète juste avant la Première Guerre mondiale l’historique brasserie bisontine fondée à la fin du XVIIIe siècle dans l’ancien monastère des Dames de Battant, il claque pas mal de thunes dans la réclame, fait fabriquer nombre de produits dérivés à offrir aux bistrots qui distribuent sa bière : à commencer par l’iconique plaque émaillée Art Déco signée Jean d’Ylen, dont les originaux atteignent des sommes plutôt hallucinantes sur les sites de vente en ligne et qui apparaît même dans l’appart d’un des personnages récurrents de la célèbre sitcom ricaine du début des années 2000, How I Met Your Mother. On a même le vague souvenir (cela remonte à il y a maintenant quelques temps…) d’avoir, entre deux verres et deux avions, aperçu une pub Gangloff accrochée au mur d’un bar de Singapour…

La fameuse plaque émaillée au design signé Jean d’Ylen. © D.R.
Et, dès l’immédiat après-guerre, les coups de pubs de Jean Gangloff fonctionnent. La brasserie à laquelle il a donné son nom devient l’une des plus importantes structures industrielles de la ville. Jean Gangloff est désormais un notable, se présente même en 1919 à la mairie sous l’étiquette rad-soc. Et la bière bisontine qui a pris son nom est connue dans toute la France sinon au delà : la production peut atteindre jusqu’à 100 000 hectolitres par an. Ce qui, pour t’éviter de faire le calcul, représente quand même quelque chose comme 4 millions de demis servis… Évidente prospérité qui dure jusqu’à la Seconde Guerre mondiale quand les bombardement alliés (qui visaient la gare Viotte) dézinguent la majeure partie des infrastructures de la Brasserie Gangloff. Pour que tu t’imagines l’emprise des locaux de l’époque : à l’emplacement de l’ancienne brasserie Gangloff ont aujourd’hui trouvé la place de s’installer l’ample bâtiment du Président et une bonne partie du parking Isembart.

La brasserie de la grande (et Belle) époque. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
Les actuels locaux de la nouvelle brasserie Gangloff sont beaucoup plus modestes : un petit hangar un peu planqué dans une discrète impasse d’un pavillonnaire quartier du secteur des Tilleroyes. De la marque disparue quelque part au milieu des Sixties, Laurent Fumey redépose le nom, cinquante ans plus tard. Fils de vigneron, le bonhomme baigne logiquement depuis toujours dans le vin : il est œnologue de formation, un frangin produit de sympathiques Jura à Montigny-les-Arsures, l’autre du champagne à Celles-sur-Ource dans l’Aube. Mais séduit par l’émergent mouvement des micro-brasseries, Laurent Fumey passe de Bacchus en Gambrinus. Formation en terres de traditions brassicoles (le Nord, l’Alsace), recherche d’orge et de houblons dans d’autres terroirs très branchés bières et achat d’occas de ses premières cuves à un brasseur belge qui vient de prendre sa retraite.

Une cuvée signée Fumey. © Brasserie Gangloff.
D’emblée le bio s’impose. Et au fil des années, depuis les premières classiques (blonde, blanche, brune…), la gamme s’est étoffée avec désormais des bières dans l’air du temps, une (presque) sans alcool, une triple, une I.P.A…. Toutes, toujours à base d’eau locale (la fameuse Bisontine), comme quand la toute première brasserie Gangloff puisait dans le ruisseau de la Mouillère.
✪ Brasserie Gangloff : 19, chemin de Serre (Les Tilleroyes). https://www.brasserie-gangloff.fr/. Accès : bus ligne 9, arrêt Baverez (faut grimper un peu ensuite). Si tu trouveras les bières Gangloff dans pas mal de bars et de boutiques de la ville, un passage à la brasserie (jours et horaires d’ouverture sur le site) permet de faire quelques économies et surtout de rencontrer le passionné donc passionnant maître des lieux.






