Du médiéval au phygital, la longue et un brin trash histoire de l’abbaye Saint-Paul dont l’église est un des rares édifices religieux du Moyen Âge à subsister à Besançon.

L’église abbatiale d’avant-hier. © D.R.
Au cœur de la Boucle, dans les environs de la rue Bersot se dressent les ultimes vestiges de la plus ancienne abbaye de la ville, fondée au VIIe siècle par l’évêque Donat de Clamorgan (ça fait un peu héros de Fantasy comme nom, non ?) sur ce qui subsistait d’une villa romaine, tellement somptueuse que l’histoire l’a étiquetée « palais ». Abandonnée aux chasseurs de pierres pendant les siècles suivants l’abbaye Saint-Paul se relève de ses presque ruines au XIe siècle grâce à un nouvel évêque, Hugues de Salins, qui comme son nom ne l’indique pas vraiment est un mec qui pèse à Besançon. Enfin, à l’époque.
L’emprise au sol de l’abbaye médiévale est, aujourd’hui, presque difficile à imaginer. Enfin, si tu as le plan de la ville en tête, le domaine abbatial de Saint-Paul couvre au Moyen Âge, un carré délimité sur un de ses côtés par le Doubs (où les moines font tourner le moulin Saint-Paul, toujours là, même si maintes fois modifié) et pour les trois autres par les actuelles rues des Granges, de la République et du Général Sarrail.
Zone exogène
Sinon, il se raconte que l’abbaye de Saint-Paul conserve, jusqu’au XVIe siècle, le privilège du droit d’asile. Son enceinte accueille donc toute la zone : évadés en cavale, prostituées qui, la nuit noire venue, échappent ainsi aux rafles, tire-goussets ou bandits de grand chemin qui y partagent leur butin… Et vu l’ampleur du bâtiment toujours posé à l’angle des rues Bersot et d’Alsace qui abritait autrefois la cuverie (autrement écrit, les tonneaux de vin…) de l’abbaye, on va se permettre d’imaginer ce que pouvaient être les soirées à Saint-Paul…

La cuverie aujourd’hui. © La Cédille.
Mais passons du passé au présent. Les derniers bâtiments conventuels rasés en 1965, de l’abbaye Saint-Paul ne restent donc aujourd’hui que la cuverie transformée en boutiques (bureaux, résidence…), la chapelle Notre-Dame qui se planque au fond du parking d’Enedis au 57, rue Bersot, amputée d’un bon quart et bouffée par la végétation. Et l’église abbatiale qui, elle, n’a pas trop bougé depuis la fin du XIVe siècle (enfin, le clocher roman a été abattu en 1832…) ce qui en fait, avec la cathédrale, le seul monument religieux du Moyen-Âge qui subsiste dans Besac. Vendue en 2020 par la ville (qui y abritait les réserves lapidaires du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie) à un bien connu promoteur immobilier, cette église devait connaître une nouvelle vie, accueillir des événements « phygitaux ». Avouons le, le sens réel du terme « phygital » nous échappe encore un peu mais c’aurait été l’occas de (re)découvrir les croisées d’ogives d’époque. Bon… Même s’il est facile de comprendre que la rénovation complète d’un monument historique peut demander un peu de temps, il semble difficile d’écrire aujourd’hui que les travaux aient réellement franchement débuté…

Chantier (?) interdit au public. © La Cédille.






