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L’INTRANQUILLE, UNE LIBRAIRIE QUI A DU STYLE

La plus vaste librairie de la région a fêté ses dix ans fin 2025. Un peu en retard pour souffler les bougies, on s’offre quand même une balade au gré des étages et des rayonnages, entre grande et petites histoires.

Grimpons d’abord jusqu’au deuxième niveau de L’Intranquille et son rayon « Histoire ». Parce qu’histoire il y a ici : l’aujourd’hui librairie s’étage dans ce qui était autrefois nef et chœur de l’église abbatiale des Dames de Battant, ordre religieux fondé en 1226 dans le quartier de -on s’en serait presque douté… Battant. Comme la situation se tend quelque peu entre Catholiques et Protestants comme entre France et Saint-Empire Romain Germanique, les religieuses traversent le Doubs en 1595 pour se mettre un peu plus à l’abri dans la Boucle où elles squattent, quelques siècles durant, divers bâtiments. Avant que la ville n’offre aux Cisterciennes une propriété au 59, rue des Granges. La nouvelle abbaye des Dames de Battant s’élève sur cette parcelle au début du XVIIIe, l’église est consacrée en 1720.

Quelques survivances de l’église abbatiale. © La Cédille.

La Révolution pille allègrement les bâtiments qui accueillent par la suite apparts et commerces : en 1845, par exemple, un ferrailleur installe dans l’église tous ses trucs de récup puis, en 1869, sous les voûtes s’installent vitrines et stoyaks du premier grand magasin de Besançon, le Bazar Parisien (les Nouvelles Galeries actuelles qui ont traversé la rue en 1905). Enfin, en 1913,  sont posés face à l’écran les fauteuils du cinéma Le Central qui, pour la petite histoire, a diffusé en 1930, le premier film parlant de l’histoire de Besançon. Une discrète œuvre d’art contemporain rappelle ce passé là (enfin celui du Plazza qui a remplacé Le Central en 1981), accrochée au mur de l’escalier qui descend vers le rayon papeterie et fournitures pour les Beaux-Arts de L’Intranquille.

Un mauvais polar

Pour la deuxième partie de l’histoire, restons toutefois au rez-de-chaussée, au rayon « policiers ». Parce que la naissance de cette librairie doit beaucoup sinon tout à un drôle de personnage (on va lui coller le pseudo de Jee Jee…) digne d’un (mauvais) polar.  Jee Jee a d’ailleurs passé quelques temps en prison en Suisse pour avoir embauché un tueur à gages (un « sicaire » écrivait le bonhomme qui avait des lettres, enfin normal pour un libraire-éditeur), chargé d’éliminer une juge dont il n’avait pas trop accepté qu’elle le renvoie dans les cordes après une embrouille-baston au poste frontière de Vallorbe. Jee Jee n’a finalement buté (ou fait buter) personne mais il a bien foutu le oaï dans le monde des librairies de la grande région Bourgogne-Franche-Comté, de Pontarlier à Dijon.

Un meilleur polar. © La Cédille.

C’est son refus catégorique (Jee Jee était quelque peu, comment écrire, imprévisible…) de vendre la pontissalienne Librairie Rousseau à son directeur Michel Méchiet qui a conduit ce dernier à ouvrir dans la capitale du Haut-Doubs, à l’orée du XXIe siècle, la première librairie sous enseigne L’Intranquille (au cas où, le nom est inspiré du Livre de l’Intranquillité de Pessoa). Mêmes  protagonistes et même histoire avec Camponovo à Besac, mais en pire. Parce que Jee Jee a définitivement fermé les portes de cette institution bisontine, se payant au passage (à défaut de les payer…), le personnel bolchevik (sic) de chez Campo’ dans un encart publicitaire dont on se demande encore comment L’Est Républicain a pu, à l’époque, accepter de le publier…

Expos & Co

Puisqu’on en a terminé avec la grande et les petites histoires, il faut maintenant parcourir tous les étages de L’Intranquille et se presque perdre entre tables et rayonnages qui accueillent quelque (à la louche) 100 000 titres. Désormais dirigée par le fiston Méchiet (déjà croisé il y a quelque temps aux Sandales d’Empédocle), c’est, OK, une librairie généraliste qui surfe (faut bien vivre) sur les tendances du moment entre new romance et guides de développement personnel mais qui abrite quand même un sérieux rayon universitaire.

Sous la coupole. © La Cédille.

OK, avec 1200 m2 et quelque chose comme 300 000 visiteurs par an, cette librairie ne joue pas dans la catégorie petite échoppe où la ou le libraire connaît les goûts et inclinaisons de chacun(e) ou presque de ses client(e)s. Mais entre les murs de L’Intranquille, il faut se laisser porter au gré de ses envies, grimper tout en haut (il y a un ascenseur, au cas où) sous la coupole, pour découvrir une expo dans le cosy petit espace de l’ArTranquille. Et si tu as une demande précise et un peu la flemme de chercher : entre le bureau d’accueil de l’entrée et les libraires posté(e)s à chaque étage, l’équipe devrait trouver ce que tu cherches. Et L’Intranquille, ce sont aussi de jolies vitrines thématiques côté rue, de régulières rencontres avec des auteurs, des bricoles (cartes postales, marque-pages…) pour faire un cadeau à pas cher…

F.P.C.

L’Intranquille  : 59, rue des Granges (La Boucle). https://www.librairie-intranquille.fr/. Accès : bus lignes 3, 4, 6, 10 et 87, arrêt Granges (posé juste devant !).

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