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LES SONS QUI BASTONNENT DU BASTION

L’imposante et pentagonale fortification que tout le monde (enfin surtout la communauté des musiques amplifiées) connaît aujourd’hui sous le nom de Bastion n’est en fait (on va faire nos spécialistes de l’architecture militaire) pas un… bastion mais, détail, une tour bastionnée, construite comme pas mal d’autres sur cette rive gauche du Doubs sur les plans de Vauban entre 1687 et 1689 pour assurer la défense de Besançon. Après la guerre Franco-Prussienne de 1870 et jusqu’au lendemain de la Première guerre mondiale, cette tour dite de Bregille devient un pigeonnier militaire où se reproduisent et s’entrainent ces pigeons voyageurs des plus efficaces en ces temps troublés pour porter les messages (des colombogrammes : persistons à faire nos spécialistes de la chose militaire…).

À l’orée des années 80 et le Bastion a mieux vieilli que la photo… © Alain Montferrand/Région B.F.C.

Ensuite on ne sait, honnêtement, pas trop ce qu’est, durant quelques décennies, devenue la tour bastionnée de Bregille, propriété de la ville, a priori louée comme espace de stockage supplémentaire pour baignoires, w.-c. et lavabos au voisin Sani-Est. Et prêtée pour ses activités hors camp (et feu de…) à un mouvement scout. Jusqu’à l’explosion punk de 1977. Quand Blanco, batteur du groupe Dee Dee & The Hot Dog a ouï-dire de l’existence du lieu. Et fracasse (y’a prescription…) le cadenas qui ferme l’accès via une lourde porte de fer au Bastion.  L’édifice est sombre et humide, l’électricité pas toujours là (quelques branchements improbables chez les voisins -pas franchement légaux, mais là encore, y’a prescription- arrangent l’histoire) mais le groupe y pose quand même ses amplis. Dans la foulée, le Bastion (tout le monde l’appelait déjà comme ça à l’époque) devient l’endroit où répéter pour la grosse poignée de groupes bisontins qui se sont montés à Besançon, à ce tournant entre années 1970 et 80, entre punk, new wave et reggae (Patch est déjà dans l’affaire). Dans des conditions plus qu’aléatoires, tu l’as compris, d’un » bunker, (…) trou à rat qui sent l’urine» pour piquer au retraité collègue Pascal Schnaebele quelques vers de paroles qu’il avait signés pour un autre groupe habitué des lieux, Éric Peugeot et ses Kidnappeurs, avec au chant, le toujours là Trinita.

Souvenir d’un des Biergarten. © Le Bastion.

Sans vouloir jouer les anciens du combat rock, mais pour avoir assisté à quelques répètes de l’époque au Bastion, on est forcément vaguement nostalgiques de ce do it yourself, des plans à l’arrache, de quand le rock était encore, dans une ville comme Besac, pas plus kiffé que ça par les institutions. Élan nostalgique dissipé quand on retrace aujourd’hui le chemin parcouru par le Bastion. Bon, il aura fallu, pour y arriver, une quarantaine d’années depuis la création en 1984 d’une association pour occuper légalement le lieu mais… Aujourd’hui, le Bastion, c’est deux bonnes centaines de groupes qui occupent treize studios (franchement nickel) de répètes, un autre studio (d’enregistrement), des salarié(e)s. Aujourd’hui, le Bastion c’est aussi un club pour accueillir DJs et concerts, l’organisation d’événements comme le festival Biergarten ou la prog de la scène de la Fête de la Musique sur la place de la Révo’, des initiatives comme Musiciennes (en soutien à la création féminine). Enfin bref, un pilier (comme celui qu’avait imaginé Vauban pour plonger dans le puits de sa tour bastionnée…) de la vie culturelle locale.

F.P.C.

Le Bastion  : 16, avenue Arthur Gaulard (La Boucle).  https://www.lebastion.org/.  Accès : bus lignes 5, 10 et 12, arrêt Pont de Bregille.

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