Portrait historico-socio (etc) du plus atypique des lieux de diffusion culturelle (on dit comme ça, non ? ) de Besac.
Dans la première moitié du XXe siècle, le quartier des Chaprais poursuit une industrialisation débutée avec l’arrivée du chemin de fer à la fin du siècle précédent. Et comme il faut bien loger tous les ouvriers et employés de toutes ces petites, moyennes et grandes entreprises, les abords de la rue des Cras se hérissent de ces barres de logements comme les Fifties (et les décennies suivantes) savaient en construire.

Les Oiseaux, première manière. © Vivre aux Chaprais.
En 1957 est fondée l’association du Foyer des Jeunes Travailleurs de Franche-Comté avec comme ambition de créer des logements pour accueillir cette jeunesse qui débarque de tous les hauts (Doubs, Saône, Jura) pour bosser dans cette industrieuse Besançon qui manque de main d’oeuvre. L’association est présidée par un des membres de la famille Weil dont la florissante fabrique de fringues pour mecs est installée dans le quartier des Chaprais, rue Larmet. Et en 1963, se construit, rue des Cras, un bâtiment pour « assurer l’accueil, l’hébergement, l’éducation et d’une façon générale toute l’aide matérielle et morale aux jeunes travailleurs »… C’est toujours, peu ou prou, la vocation d’Habitat Jeunes Les Oiseaux (son appellation officielle d’aujourd’hui) : offrir un logement à des jeunes de 16 à 25 ans (mais on peut, ici, être jeune jusqu’à 30 ans en fonction des disponibilités !), temporaire, le temps d’un stage, d’une formation, d’une mission intérim ou d’un C.D.D..
Des oiseaux de bonne culture
Mais il est aux Oiseaux, un truc qui fait la différence : la dimension culturelle du lieu. C’est le regretté François Jacob, sous-directeur du F.J.T. peu de temps après son ouverture puis directeur pendant 35 ans qui décide que l’accès à la culture ne peut que faire partie intégrante de ce Foyer qu’il souhaite, dans l’idée, ouvrir sur le quartier sinon sur l’ensemble de la ville. Expos, théâtre, concerts (puis, plus tard, cinéma) trouvent leurs marques aux Oiseaux. Et on se souvient y avoir, quelque part entre les années 1980 et 2000, assisté à des concerts complètement improbables dans un Foyer de Jeunes Travailleurs : de la poétesse de la no-wave new-yorkaise Lydia Lunch à Zebda en passant par plein de groupes de l’underground jazz. La prog, toujours entre théâtre, concerts et expos s’est aujourd’hui recentrée sur la scène culturelle locale et régionale et propose chaque dernier vendredi du mois une fort populaire (à tous les sens du terme) guinguette.

On s’fait une toile (gratos) ?. © Habitat Jeunes Les Oiseaux.
Et les Oiseaux se sont dotés d’une vraie salle de ciné (évidemment baptisée François Jacob) avec des projections (toujours gratuites !) de films à ranger dans la catégorie Art et Essai. Ce qui ne serait sans doute pas pour déplaire au monsieur Weil du début de l’histoire des Oiseaux dont la marque avait habillé Belmondo dans le À Bout de Souffle de Godard.
F.P.C.
✪ Habitat Jeunes Les Oiseaux : 48, rue des Cras (Chaprais-Les Cras). https://www.habitatjeuneslesoiseaux.fr/. Accès : bus ligne 6, arrêt Les Oiseaux.






