Autour d’une table du fond de son local de campagne, érudite (Anne Vignot n’a pas été ingénieure chercheuse pour rien) autant que politique rencontre avec la maire de Besançon qui envisage un nouveau mandat, parce qu’elle estime que nécessitent encore quelques années pour vraiment concrétiser la « bifurcation » choisie par elle et son équipe.
Et si l’on commençait cette balade dans la vi(ll)e d’Anne Vignot par le Biome ? D’abord parce qu’en toute subjectivité, La Cédille kiffe ce nouveau lieu de Besançon. Ensuite parce que pour Anne Vignot, le Biome représente l’aboutissement d’un boulot de pile deux décennies. Depuis 2006 quand lui est confiée par Claude Condé, alors Président de l’Université, la direction du jardin botanique de la place Leclerc à l’époque pas franchement au mieux de sa forme. Anne Vignot a les compétences : présidente de l’asso du «Conservatoire des Espaces Naturels », mais aussi et surtout ingénieure chercheuse au C.N.R.S. autour des problématiques du chrono-environnement, de l’histoire de la biosphère…

Au Biome : quand la nature toujours reprend ses droits. © La Cédille.
Bon, avant la création du Biome, le nouveau devenir du jardin botanique de Besac s’éternise au long d’une vingtaine d’années (on te l’a écrit quelques lignes plus haut). Mais ce temps de réflexion aboutit quand même au constat que non « la botanique n’est pas une science du XIXe siècle » et à la création à Besançon d’une licence universitaire qui, aujourd’hui fait référence en France, autour des métiers du diagnostic, de la gestion et de la protection des milieux naturels (MINA pour faire court).
Rembobinons
Et si maintenant on rembobinait la cassette d’un walkman inventé en 1979, pile l’année où Anne Vignot arrive à Besançon pour ses études supérieures. Elle a, auparavant, vécu à Tavaux, quelque chose comme une banlieue industrielle de Dole où, comme Peugeot dans le pays de Montbéliard, c’est Solvay (et son impressionnant complexe chimique de quelques 500 hectares) qui marque tout autant le paysage que la sociologie de la petite ville. Le papa Vignot bosse évidemment chez Solvay, la maman est mère au foyer et aux cotés de son frère et de ses trois sœurs, les premières années de la vie d’Anne Vignot s’écoulent dans une cité ouvrière : « enfance heureuse, dans une famille extrêmement modeste mais dans un environnement bienveillant ». 1979 c’est donc le départ pour Besac où, après un passage en fac de droit, le goût des voyages donne à Anne Vignot celui de la géographie. Pas accessible à une bourse, elle se débrouille pour vivre et payer ses études, chope des petits boulots de surveillante d’internat, notamment au lycée pro Tristan Bernard de Planoise.

Piccoli les pieds dans la neige à Planoise, dix ans avant qu’Anne Vignot découvre également Planoise les pieds dans la neige. © Mémoire Vive/Ville de Besançon.
En 1984, diplômes en poche, c’est l’entrée au C.N.R.S. dans un labo qui dirigé par l’helléniste Pierre Lévêque (le « doyen rouge », de son surnom de l’époque pour son engagement officiellement revendiqué au Parti Communiste) travaille sur l’aménagement du territoire à l’époque gréco-romaine. Des recherches qui ont laissé une profonde imprégnation à Anne Vignot. Et finalement, rien de plus de normal pour une élue de persister à s’intéresser à « comment une société s’installe et se réimagine, comment elle s’appuie sur les ressources naturelles, comment elle les exploite… ».
Nouvelle aventure
La rencontre avec la politique (les politiques…) se fait via, toujours le jardin botanique propriété de la ville avec, notamment Éric Alauzet, alors adjoint au maire Jean-Louis Fousseret.

Anne Vignot avec les autres têtes de listes départementales aux Régionales de 2009. © Jeff de Longe.
Proposition est faite en 2009, à Anne Vignot de « s’embarquer », justement, en politique, dans la campagne pour les Régionales, carrément bombardée d’emblée tête de liste pour le département du Doubs. Elle répond OK : « j’ai 50 ans, je me suis bien accomplie dans ma vie personnelle et professionnelle …». Et Anne Vignot est élue « société civile », avant de s’encarter chez les Verts : « par respect, parce que ce parti est venu me chercher ».
Le trac des tracts
Même si les premiers pas dans le militantisme d’Anne Vignot sont hésitants, surtout son premier tractage : « ça fait bizarre de proposer un tract avec sa tête dessus… ». Mais elle fait le « grand saut » et son « aventure politique » se poursuit avec un poste d’adjointe en 2014 « à la transition écologique, à l’énergie et aux espaces verts » du maire de Besançon Jean-Louis Fousseret, jusqu’à ce qu’il fasse allégeance à Emmanuel Macron, ce qui créé quelques dissensions (le moins que l’on puisse écrire) au sein de la majorité élue derrière son nom. Et ce qui amène Anne Vignot à un autre projet « écologiste mais qui n’exclut pas d’autres sensibilités de gauche ». Et à être élue maire (première femme élevée à cette fonction de l’histoire de Besançon) aux élections municipales de 2020.
Herbes folles
Un projet qu’avec cette nouvelle candidature, Anne Vignot souhaite encore plus concrétiser : « parce que quand je fais quelque chose, je ne le fais jamais à moitié ». Et cette moitié de ce que la maire de Besançon a accompli, avec son équipe, Anne Vignot souhaite sincèrement la compléter ; toujours « penser autrement l’urbanisme, les mobilités, la gestion de la ville ». Et à celles et ceux qui reprochent à longueur de réseaux sociaux la disparition, entre autres, de l’horloge florale de la gare Viotte, la toujours spécialiste de la biodiversité, rétorque que nous somme dans un XXIe siècle où il vaut mieux « préférer les herbes folles à la très travaillée esthétique de ces jardins dans lesquels on arrache plus régulièrement qu’on ne plante…».
F.P.C.
LES SEPT LIEUX D’ANNE VIGNOT
« Il y a tellement d’endroits que j’aime dans cette ville… ». «Parce que j’aime vraiment cette ville » assure la candidate à sa succession qui y vit depuis 1979, hormis un interlude d’un trio d’années dans un village des environs (mais bien avant qu’elle ne soit élue bisontine).
1. Les grands points de vue des collines : notamment depuis celle de Rosemont avec « l’impression d’être loin de la ville ».
2. La vue sur la Citadelle : depuis son appartement vers la place Leclerc : « les levers et couchers de soleil, un horizon magique, qui s’éclaire naturellement, des paysages romantiques quand le brouillard monte du Doubs».
3. Planoise : quartier découvert à son arrivée à Besançon et sous la neige. Première rencontre pour la jeune fille arrivée de Tavaux de « ce que pouvait être une grande urbanité ». Et la découverte des « choses pas très jolies qui se cachaient derrière ; j’ai découvert la violence à Planoise, dès les années 1980, quand certains immeubles du quartier était surnommés le Petit Chicago ; je ne crois pas au discours du c’était mieux avant à Planoise ».
4. Le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie : « un lieu magique, j’adore ».
5. Les bords de la rivière : où la maire aime toujours à se balader, même s’il n’y a, malheureusement, aujourd’hui plus de chien au bout de sa laisse à l’y emmener.
6. L’ensemble du centre-ville : « personne n’en parle jamais assez du centre-ville, marqué par l’histoire de la pierre de Chailluz : entre la Boucle à l’architecture classique mais très finalement très romantique et Battant, quartier plus que singulier mais qui a l’avantage d’offrir une histoire de la ville depuis l’époque médiévale ».
7. Le campus de la Bouloie : « un point de la ville que l’on a complétement transformé. Pour ce qui j’y ai vécu mais aussi pour ce qu’on est en train de continuer à en faire. Parce que je crois en la jeunesse et que si l’on ne croit pas en la jeunesse, on ne croit en rien ».






