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PLUSIEURS SALLES EN UN KURSAAL

Si tu avais choisi Allemand LV1 (ou LV2…), tu dois savoir ce que signifie Kursaal. Pour les autres, traduisons : Kursaal, littéralement, c’est « salle de cure ». Sauf que c’est un chouia plus compliqué que ça. De fait, dès le XIXe siècle, si tu fréquentes un Kursaal, installé -c’est vu le nom, un peu obligatoire – dans une ville thermale (ou, plus tard, une station balnéaire), ce n’est pas pour prendre les eaux mais du bon temps entre piste de danse et scène qui accueille les spectacles les plus divers. Le mot, d’origine allemande donc, a parfois été employé en France pour désigner ce genre d’établissements, pour beaucoup rebaptisés après la Première Guerre mondiale… D’ailleurs, en mai 1919, le conseil municipal bisontin semble avoir pris la décision de remplacer la dénomination Kursaal par celle de « salle des variétés ». Le nom de Kursaal est toutefois, on ne sait honnêtement pas pourquoi, resté. Et il n’en subsiste plus qu’une petite poignée, en France, à le porter ce nom et à, toujours, être des salles de spectacles. Et Besançon est la seule ville (à notre connaissance…) à avoir su conserver le bâtiment d’origine.

Le Kursaal, version début XXe, surmonté des ateliers de l’école des Beaux-Arts. © D.R.

Depuis, au moins 1881, était posé à l’orée de la promenade Granvelle, un café-brasserie-concert, façon guinguette, à l’enseigne du Casino du Jardin. À l’arrivée des premiers curistes d’une ville qui se rêve en station thermale sous le nom de Besançon-les-Bains, la veuve du proprio des lieux, Ernestine-Mélanie Pélegrin rase ce café et fait construire à partir de 1892 un immeuble projeté pour accueillir spectacles de cirque (très tendance à l’époque) et brasserie. Mais peut-être la veuve Pélegrin a-t-elle vu un peu trop grand, trop beau : ouvert à la fin de l’été 1893 (avant même d’avoir été entièrement terminé), le Kursaal ferme dès le début de l’année 1894, sa fondatrice criblée de dettes. Un an (à la louche) plus tard, la ville de Besançon achète les lieux. Et au tournant des XIXe et XXe siècle, le Kursaal conserve son nom et, dans sa salle aux quatre niveaux sa programmation des plus éclectiques, qui pioche dans tout ce qui fait recette à l’époque : du cirque toujours (enfin surtout des spectacles équestres), mais aussi des séances de spiritisme, des projections de films (le cinématographe vient de naître) voire, sur le plancher de la piste de danse, du skating (ainsi qu’on appelait pour faire chic le patin à roulettes fort à la mode à l’époque). Mais la brasserie est fermée pour accueillir l’école municipale des Beaux-Arts (dont les ateliers vitrés nécessitent la construction d’un nouvel étage) puis celle de Musique en 1898.

Joliment rénovées, des fresques peintes en à peine 15 jours en 1893. © Région B.F.C.

Le Kursaal traverse, ouvert à la programmation de toutes les « sociétés locales », sans encombre partie du XXe siècle. Enfin… Comme aucun travaux d’envergure n’y ont été entrepris depuis sa construction, il vieillit lentement mais sûrement, ce Kursaal ; il menace même de tomber en ruine quand décision est prise de le fermer à l’orée des Seventies. Et se succèdent les projets, plus ou moins heureux : la ville envisage même, un temps, de le transformer en parking silo, en conservant pour la forme une piste de danse au dernier étage ! Le dernier projet sera le bon : la municipalité de Robert Schwint décide d’une rénovation totale du Kursaal. En lui conservant pas mal de son cachet d’autrefois : les balcons sont, par exemple, conservés tout comme staffs et dorures ou les fresques d’époque de la coupole qui évoquent les arts du cirque. Et depuis 1982, Besançon accueille au Kursaal une bonne partie de sa vie culturelle (associative, politique, économique, intellectuelle…) entre le Grand et le Petit Kursaal et les salles Colard, Proudhon, Bidault…

F.P.C.

✪ Le Kursaal  : 2, place du Théâtre (La Boucle). https://kursaal.besancon.fr/. Accès : bus lignes 4 et 6, arrêt Granvelle ou 3, arrêt Saint-Maurice.

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